Mais sa raillerie, ajoutée à mon étonnement, me donna le coup de pouce final. Le subterfuge de la rencontre était transparent ; cette apparition d’un individu en manteau et botté, sur une route déserte et loin de toute demeure, était trop évidemment préméditée : faute de consentir à jouer le rôle de dupe bénévole, il me fallait agir sans retard.

— Permettez, madame, fis-je, revenu de mon étonnement. J’ignore qui est ce monsieur.

Elle avait repris sa place, et l’étranger s’était avancé jusqu’à la portière de son côté, et regardait à l’intérieur de la voiture. Ses traits, épais et rudes, sans être déplaisants, exprimaient une force d’âme peu commune ; il avait le regard vif et brillant, et ses lèvres mobiles souriaient volontiers. La main qu’il posait sur la portière était énorme.

La marquise ne devait guère s’attendre à mes paroles car elle me jeta un regard courroucé.

— Vous êtes ridicule, fit-elle.

Et à lui :

— Montez donc, monsieur.

— Non pas, ripostai-je, me levant à moitié. Restez, je vous prie, restez où vous êtes, jusqu’à ce que…

La marquise se retourna vers moi, furieuse.

— Cette voiture m’appartient ! s’écria-t-elle.