Je l’interrompis d’un ton brusque et péremptoire :
— C’est ce que je ne crois pas, fis-je. Vous n’êtes pas Alibon de Montauban. Vous êtes plutôt Froment de Nîmes, monsieur.
Une plaque de neige rosée par le soleil couchant s’étalait derrière lui et l’irradiation m’empêchait de distinguer ses traits : je ne pus voir comment il prit la chose. D’ailleurs il ne me répondit pas tout de suite, et quand il s’y décida, ce fut d’une voix calme, où je crus sentir plus de vanité que d’irritation.
— Eh bien ! monsieur, fit-il, et à supposer que je le sois ? Qu’en résulterait-il ?
— Si vous l’êtes, répliquai-je d’un ton ferme, et en soutenant son regard, je refuse de voyager avec vous.
— Et par conséquent, reprit-il, madame, à qui appartient cette voiture, n’a pas le droit de voyager avec moi ?
— Non, puisqu’elle ne peut voyager sans moi, lui répliquai-je du tac au tac.
Il fronça les sourcils, mais tout aussitôt il ricana :
— Et pourquoi cela ? Ne suis-je pas digne de tenir compagnie à votre excellence ?
— Il n’est pas question de dignité, ripostai-je carrément, mais de passeport, monsieur. Si vous voulez le savoir, je ne voyage pas avec vous parce que je tiens mon brevet du présent gouvernement, contre lequel vous travaillez, je pense. J’ai menti pour Mme de Saint-Alais et sa fille. C’était une femme, et je lui devais protection. Mais je ne veux pas mentir pour vous, ni vous servir d’égide. Est-ce assez clair, monsieur ?