— Mais c’est intolérable ! s’écria-t-il enfin. C’est inadmissible. Allez-vous recevoir tous les étrangers qui arrivent dans la ville ? Allez-vous vous chambrer avec eux, rester à causer avec eux, tandis que je me ronge le cœur loin de vous ? Dois-je… Mais je veux entrer !
— Vous n’entrerez pas ! cria-t-elle.
Mais la colère de son ton me parut simulée.
— C’en est déjà trop que vous m’insultiez, reprit-elle fièrement. Mais si vous osez porter la main sur moi, ou si vous l’insultez, lui…
— Lui ! s’écria-t-il, furibond. Lui, en vérité ! Madame, je vous le dis une fois pour toutes, je n’en ai supporté que trop. J’ai souffert ceci plus d’une fois, mais…
Mais il ne me restait plus aucun doute, et avant qu’il pût ajouter un mot, j’étais à la porte ; je l’avais tirée toute grande, et me dressais devant lui. La dame se recula en poussant une exclamation à la fois craintive et joyeuse, et nous nous entre-regardâmes.
Cet homme était Louis de Saint-Alais.
CHAPITRE XX
LA RECHERCHE
Je n’avais pas revu Louis depuis le jour du duel, à Cahors, ce jour où, me séparant de lui à la porte du corridor de la cathédrale, j’avais refusé de lui prendre la main. J’étais mortellement fâché contre lui, alors. Mais depuis le temps, nos souvenirs d’autrefois et de multiples événements avaient fini par apaiser ma rancune ; et dans ma joie de le retrouver, surtout sous les espèces de l’étranger inattendu, rien n’était plus éloigné de ma pensée que de réveiller d’anciens griefs. Aussi, je lui tendis la main, avec un mot de badinage.
— C’est donc toi, l’inconnu, mon cher ? fis-je, en m’inclinant. Je suis venu à Nîmes pour te chercher, et voilà que je te trouve !