— Pour Dieu ! Pour Dieu et pour le roi ! dit-elle, les mains jointes, en levant vers moi ses yeux étincelants.
Cette torture faillit m’arracher un juron.
— Dans quel but ? m’écriai-je, presque brutalement. Si je vous disais oui, ce serait dans quel but, madame ? De quelle utilité puis-je vous être ? A quoi puis-je me rendre bon ?
— A tout ! à tout ! Vous êtes un homme de plus ! s’écria-t-elle. Un homme de plus pour la bonne cause. Écoutez-moi, monsieur. Vous ne savez pas ce qui se prépare, ni dans quelle nécessité nous…
Elle s’arrêta brusquement, tout net, me regarda, prêtant l’oreille, et son visage changea d’expression. La porte n’était pas fermée, et la voix d’un homme qui parlait dans le vestibule d’en bas nous arrivait par l’escalier ; un instant plus tard, un pas rapide traversa le vestibule, et résonna sur les degrés. L’homme montait.
Nous restions face à face. Mme Catinot, muette et les yeux dilatés par l’attention, sembla tout d’abord prise au dépourvu. A la fin, avec un geste qui m’ordonnait le silence, elle se glissa vers la porte et disparut, en la refermant, mais non tout à fait, derrière elle.
L’homme y était presque arrivé, car il poussa une exclamation de surprise à la voir apparaître ainsi soudainement, puis il prononça quelques mots, si bas que je ne les distinguai point. Sa réponse à elle m’échappa aussi, mais ce qu’elle dit ensuite me parvint.
— Vous refusez de m’ouvrir cette porte ? cria-t-il.
— Pas dans cette chambre, répliqua-t-elle audacieusement. Nous pouvons nous voir dans l’autre, mon ami.
Un silence. Je croyais ouïr leur respiration. Je me les imaginai se regardant avec défi. Je brûlais d’intervenir.