Je ne dirai pas ce que je fis dans l’obscurité, au pied de l’escalier : ce souvenir m’est odieux. Mais au bout de deux minutes je sortis transformé en moine, cagoule rabattue et ceinture de corde. Puis, à mon tour, je m’enfonçai dans l’entrée, et ne tardai pas à me trouver dans la cour. Devant moi était le porche, et à l’aide du canon de mousquet brisé, que j’avais ramassé en passant, je frappai deux coups sur les dalles.
Je n’eus pas le temps de songer à ce qui allait se produire ou à l’accueil qui m’attendait. La porte s’ouvrit aussitôt, et j’entrai. Comme par enchantement la porte se referma sans bruit derrière moi.
Je me trouvai dans un long corridor ou vestibule, nu et sans un meuble, qui avait dû autrefois servir de cloître. Une lampe allumée était accrochée à un mur, et devant moi, assis sur un banc de pierre, deux personnages conversaient. Trois ou quatre autres allaient et venaient de long en large. Tous se turent à mon entrée, et me regardèrent attentivement.
— D’où venez-vous, mon frère ? me demanda l’un d’eux, en s’approchant de moi.
— Du Cabaret de la Vierge, répondis-je à tout hasard.
Et comme la lumière m’éblouissait, je levai la main afin de m’en préserver.
— C’est pour le chef ?
— Pour lui-même.
— En ce cas, venez vite, reprit l’homme, il est sur le toit. Tout va bien ? reprit-il, en regardant mon arme avec un sourire.
— Tout va bien, répondis-je, sans lever la tête, afin de cacher mes traits dans l’ombre de la cagoule.