— Nommez-la ! ripostai-je dédaigneusement.
— Que Mlle de Saint-Alais est ma sœur !
— Tiens, tiens !
— Et que, de votre plein gré ou non, vous l’avez hier soir traitée à la légère, en présence de deux cents personnes ! Vous n’oubliez que cela, monsieur le vicomte !
— Je l’ai traitée à la légère ? répliquai-je, dans un redoublement de courroux. (Comme d’un commun accord nous nous étions un peu écartés de la porte, et à ce moment nous nous regardions dans le blanc des yeux.) Et à qui la faute si cela est arrivé ? A qui la faute, monsieur ? Vous m’avez laissé le choix… Non, vous m’avez obligé à choisir entre deux alternatives : manquer à votre sœur, et renoncer à des opinions et convictions auxquelles je tiens, dans lesquelles j’ai été élevé, dans lesquelles…
— Des opinions ! fit-il, d’une voix devenue dure. Et quelles sont après tout vos opinions ? Excusez-moi, je sens que je vous importune, monsieur. Mais je ne suis pas un philosophe, moi, je n’ai pas été en Angleterre, et je ne puis comprendre…
— Que l’on sacrifie rien à ses opinions ! exclamai-je, avec un rire féroce. Certes, monsieur, je le conçois aisément, que vous ne le puissiez pas ! Celui qui ne soutient pas ses amis ne soutient pas non plus ses opinions. Pour faire l’un ou l’autre, monsieur le comte, il importe de n’être pas un lâche.
Il pâlit, et me lança un regard étrange.
— Assez, monsieur ! fit-il involontairement, me sembla-t-il.
Et une contraction tirailla ses traits, comme s’il ressentait une vive douleur.