Mais j’étais hors de moi de colère.

— Oui, un lâche ! répétai-je. M’avez-vous compris, monsieur le comte, ou faut-il que j’entre dans la salle et répète le mot en présence de l’Assemblée ?

— Ce n’est pas indispensable, dit-il, en devenant aussi rouge qu’il venait d’être pâle.

— Ce n’est pas indispensable, en effet, repris-je, en ricanant. Puis-je conclure de là que nous nous retrouverons sitôt la séance levée ?

Il acquiesça d’un signe muet ; et alors, mais alors seulement, un je ne sais quoi dans son silence et son attitude pénétra la cuirasse de mon ire ; et, je me sentis soudain le cœur pesant et glacé. Mais il était trop tard ; j’avais prononcé ce qui n’eût jamais dû être prononcé. Le souvenir de sa patience, de sa bonté, de sa longanimité, ne me revint qu’ensuite. Je lui adressai un salut correct ; il me le rendit ; et rageusement je retournai à la porte.

Mais je ne devais pas encore la franchir.

J’avais pour la seconde fois saisi la poignée, et entr’ouvert la porte, quand une main me tira en arrière, si violemment que le pêne cliqueta en retombant. Furieux, je me retournai. A ma stupéfaction, je reconnus de nouveau Louis, mais sa face transfigurée décelait une étrange surexcitation. Il ne me lâchait pas.

— Non, dit-il entre ses dents. Vous m’avez traité de lâche, monsieur le vicomte, et je refuse d’attendre. Pas une heure ! Vous allez vous battre avec moi tout de suite. Il y a un pré par là derrière, et…

Mais je retrouvais mon sang-froid à mesure qu’il s’échauffait.

— Je ne ferai rien de tel, dis-je en l’interrompant. Après la séance…