D’un grand geste chevaleresque, Froment leva son chapeau.
— Merci, messieurs, fit-il. Au nom du roi, au nom de Sa Majesté, je vous remercie. Avant que nous ayons fini, l’Atlantique ouïra ce cri, et les échos de la Manche le répéteront ! Oui, le Rhône délivrera ce que la Seine a emprisonné ! Sur Nîmes et sur vous, toute la France aujourd’hui a les yeux fixés ! Pour la liberté ! Pour la liberté de vivre : de lâches scribes l’étrangleront-ils ? Pour la liberté de prier : ils spolient Dieu et profanent ses temples ! Pour la liberté de circuler : le roi de France est prisonnier ! En dirai-je davantage ?
— Non, non ! s’écrièrent-ils, agitant leurs chapeaux et leurs épées.
— Je n’ajouterai donc rien, reprit-il. Je n’userai plus de mots ! Mais je veux montrer qu’ici du moins, à Nîmes, on honore Dieu et le roi, et on laisse libres leurs fidèles ! Suivez-moi, messieurs, et nous ferons le tour de la ville pour visiter les postes du roi et voir si quelqu’un ose crier : « A bas le roi ! »
Ils lui répondirent par une clameur d’approbation et de menace qui fit trembler la vieille tour ; et aussitôt, se pressant sur l’échelle, ils se mirent à descendre jusqu’au toit de la maison et de là dans l’escalier. Assis sur l’embrasure de la tour, je vis leur long défilé traverser les plombs au-dessous de moi ; leurs cuivres et leurs buffleteries reluisaient au soleil, leurs rubans voltigeaient à la brise, leurs voix sonnaient haut et clair. Ils me parurent, alors, une troupe valeureuse : la plupart étaient jeunes, et tous avaient bel air ; ma sympathie les accompagna lorsqu’ils s’enfoncèrent un par un dans le capot de l’escalier par lequel j’étais monté. Une moitié avait disparu, lorsque je sentis que l’on me touchait le bras, et je trouvai Froment, le dernier à partir, arrêté auprès de moi.
— Vous resterez ici, monsieur, me dit-il, d’un ton significatif, les yeux abaissés vers les miens. Si les choses en viennent au pis, je n’ai pas besoin de vous recommander de veiller sur Mlle de Saint-Alais.
— Dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, je veillerai sur elle, répondis-je.
— Merci, fit-il, la lèvre hautaine et une lueur mauvaise dans le regard. Mais en ce dernier cas, c’est moi qui veillerai sur elle. Ne l’oubliez pas, si je suis vainqueur, nous avons encore à causer, monsieur !
— Soit ! Dieu vous donne la victoire ! exclamai-je involontairement.
— Vous avez foi dans votre habileté à l’épée ? répliqua-t-il, légèrement ironique.