— Après tout, qu’importe ? fit-il avec agitation. Nous voilà tous dans le même sac ! Comportons-nous en gentilshommes. J’ai fait mon possible pour ma part. Entendez-vous cela ?
Il leva la main : une salve de mousqueterie fit trembler la maison ; et il cria un ordre. Les petites fenêtres avaient été bouchées à l’aide de pavés, la porte étançonnée à bloc ; et la lumière du jour manquant, on avait allumé des lampes, qui donnaient à la longue salle de pierre, blanchie à la chaux, un aspect singulièrement lugubre. A moins que cet effet ne résultât des sombres visages que je voyais autour de moi.
— Je crains fort que les Saint-Alais ne soient assiégés dans les Arènes, dit-il froidement. Et ils n’ont pas assez de monde pour garnir les remparts. Ces maudits Cévenols sont trop nombreux pour nous. Quant à vos amis… c’est bien ce que j’attendais : ils me laissent mourir comme un taureau dans l’arène. Mais notre mort sera du moins sanglante.
Tandis que j’admirais son courage, une sorte de revirement se produisit en moi.
— Et Denise ? exclamai-je, lui agrippant le bras avec violence. La laisserons-nous périr ?
Il me regarda d’un air féroce.
— C’est juste, fit-il, avec un ricanement. J’oublie que vous n’êtes pas des nôtres.
— Je pense à elle, moi ! m’écriai-je, furieux.
Et, pour un instant, je le haïs.
Mais son attitude se modifia rapidement.