— Prenez à gauche !

Tout ébloui par l’éclat du soleil je tournai dans cette direction, et aussitôt j’entendis la porte claquer derrière moi, et la chaîne grincer dans son emboîture.

Les maisons qui s’élevaient à droite et à gauche amortissaient le bruit de la foule et de la fusillade ; mais comme je descendais l’allée, nu-tête et serrant le pistolet que m’avait donné Froment, une nouvelle bouffée de bruit s’éleva derrière moi, et m’apprit que les assaillants venaient de pénétrer dans la ruelle par l’extrémité opposée, et que si j’avais tardé un instant de plus, je serais arrivé trop tard.

En fait, ma situation était peu réconfortante, sinon désespérée. Étranger solitaire, sans chapeau ni insigne, connaissant mal la topographie de la ville, je pouvais à chaque tournant me jeter dans les bras de l’un des partis — qui me massacrerait. J’avais l’idée que la chapelle des Capucins était l’église où m’avait conduit Mme Catinot ; et mon premier soin fut de gagner la rue principale, qui menait dans cette direction. Mais la chose n’était pas facile : au bout de l’allée je ne trouvai qu’un second passage également rectiligne et sans ouvertures. Lorsque j’y fus entré, je tournai après un instant d’hésitation sur ma gauche ; mais avant d’avoir fait dix pas, j’entendis des clameurs devant moi, et je fis halte et revins sur mes pas. M’élançant dans l’autre direction je débouchai dans une petite cour sombre et pareille à un puits, qui n’offrait pas d’autre issue. J’y restai un moment pantelant et indécis, rendu frénétique et presque désespéré par l’idée que, tandis que je restais là à balancer, le dé peut-être était jeté et ceux que je cherchais périssaient faute de mon secours.

J’allais rebrousser chemin, décidé coûte que coûte à affronter la bande d’émeutiers que j’entendais venir derrière moi, lorsqu’une croisée ouverte au rez-de-chaussée de l’une des maisons environnant la cour attira mon regard. Elle était à portée du sol, et sa vue me détermina. La maison devait posséder une sortie sur la rue. En dix enjambées je traversai la cour, et appuyant une main sur le cadre de la croisée, m’enlevai par-dessus, retombai de travers sur un tabouret, et m’abattis lourdement sur le parquet.

Je me relevai aussitôt, sans mal, mais un cri féminin me perça les oreilles, et une femme, une jeune fille, se blottit loin de moi, pâle, adossée à la porte. Je l’avais surprise agenouillée, en prières, et j’avais failli m’abattre sur elle. Lorsque je la regardai elle poussa de nouveau un cri ; je l’objurguai, au nom du ciel, de se taire.

— La porte ! indiquez-moi seulement la porte ! exclamai-je. Montrez-la-moi : je ne veux de mal à personne.

— Qui êtes-vous ? balbutia-t-elle.

Et toujours s’écartant de moi, elle me considérait de ses yeux élargis.

— Morbleu ! qu’est-ce que cela peut vous faire ? répliquai-je farouchement. La porte, femme ! la porte de la rue !