— Vous êtes au courant de cette protestation ?
— Oui, répondis-je avec contrainte, et saisi d’un pénible pressentiment.
— Vous allez la signer, bien entendu ?
Il avait hésité avant de me poser la question ; j’hésitai avant d’y répondre. Cette protestation — si régulier que paraisse le terme, il n’en cachait pas moins, nous le savons aujourd’hui, et l’origine des troubles et celle d’un monde nouveau — était une motion que l’on voulait présenter à la prochaine réunion de la noblesse à Cahors, dans le but de flétrir la conduite de nos représentants de Versailles, qui avaient consenti à siéger avec le tiers état.
Or, pour ma part, et en dépit de mes vues primitives sur la question, — car j’eusse aimé voir la réforme suivre le système anglais, où la chambre noble reste à part, — je considérais cette mesure, puisque adoptée et légalisée par le roi, comme irrévocable, et la protestation comme inutile. De plus, je ne pouvais ignorer que les promoteurs de cette dernière avaient l’intention de s’opposer à toute réforme, de se cramponner à tous privilèges, d’étouffer tous espoirs d’un meilleur gouvernement ; et comme ces espoirs n’avaient cessé de grandir chaque jour depuis les élections, il n’était plus guère ni prudent ni facile de les étouffer. A moins donc de renier mes principes, qui étaient bien connus, je ne me croyais pas libre de signer la protestation. Et j’hésitais à répondre.
— Eh bien ! dit-il enfin, comme je me taisais toujours.
— Je crois que cela ne m’est pas possible, répondis-je, en rougissant.
— Pas possible de signer ?
— Non.
Il eut un rire jovial.