— Peuh ! fit-il, je crois que vous y viendrez. J’ai besoin de votre promesse, vicomte. C’est une petite affaire, une bagatelle sans importance, mais il nous faut de l’unanimité. C’est la seule chose nécessaire.
Je hochai la tête. Nous avions tous deux fait halte à l’ombre des noyers, un peu en deçà de la grille. Le laquais de Saint-Alais promenait les chevaux sur la route.
— Voyons, insista-t-il amicalement, vous ne croyez pourtant pas qu’il doive rien sortir de ces chaotiques états généraux que Sa Majesté a eu l’insigne folie de laisser convoquer par Necker ? Ils se sont réunis le 4 mai, nous voici au 17 juillet ; et jusqu’à présent ils n’ont encore rien fait que se chamailler ! Rien ! D’ici peu on va les dissoudre, et tout sera dit.
— A quoi bon protester, alors ? demandai-je, sans trop d’assurance.
— Je vais vous l’expliquer, mon ami, répondit-il avec un sourire d’indulgence et se tapotant la botte de sa cravache. Savez-vous les dernières nouvelles ?
— Quelles sont-elles ? fis-je avec circonspection. Je vous dirai ensuite si je les sais.
— Le roi vient de renvoyer Necker !
— Pas possible ! m’écriai-je, incapable de celer mon étonnement.
— Si fait, répliqua-t-il, le banquier est renvoyé. D’ici huit jours ses états généraux ou son Assemblée nationale, ou quel que soit le nom qu’il donne à la chose, cela disparaîtra aussi, et nous en serons au même point qu’auparavant. Mais, dans l’intervalle, et pour fortifier le roi dans les sages résolutions qu’il a enfin adoptées, nous devons lui faire voir que nous sommes encore de ce monde. Nous devons lui prouver notre sympathie. Nous devons agir. Nous devons protester.
— Mais, monsieur le marquis, dis-je, quelque peu irrité, sans doute par la nouvelle, êtes-vous sûr que le peuple va accepter cela tranquillement ? Jamais on ne vit plus rude hiver que le dernier, ni moisson pire, ni misère semblable. Pour compléter, les espérances sont éveillées, les esprits surexcités depuis les élections, et…