C’était le galopin qui parlait. Lui seul gardait sa présence d’esprit.

— Où est ce réduit ? dis-je.

Le gamin s’élança pour me guider, mais Denise s’empara de la chandelle avant lui. Elle me fit retourner en arrière, dans le passage de deux ou trois pieds qui séparait cette pièce de la seconde de l’enfilade. Dans le mur de ce passage elle ouvrit la porte d’une espèce de réduit. En avançant la tête, j’aperçus les premières marches d’un escalier. A cette vue mon cœur bondit.

— Cela mène à l’étage supérieur ? dis-je.

— Non, monsieur ; sur le toit !

— Montez, montez vite ! m’écriai-je, pris d’une impatience folle. Nous gagnerons du temps. Vite. Ils arrivent.

Car la porte du bout de l’enfilade, la porte que j’avais fermée à clef, je l’entendais craquer et se fendre sous leurs poussées. D’un instant à l’autre elle pouvait leur livrer passage. D’où j’étais, en attendant de fermer la marche, leurs cris rauques et leurs blasphèmes parvenaient à mes oreilles. Mais la porte tint bon ; ou du moins elle tint assez longtemps. Avant qu’elle ne s’abattît, nous étions sur les marches et j’avais fermé derrière moi la porte du réduit. Alors, me tenant aux jupes de la femme qui me précédait, je grimpai vivement, — toujours plus haut dans ces ténèbres où flottait un remugle de chauves-souris, — et presque avant d’oser y croire, je me trouvai sur le toit au milieu des fugitifs, haletant et tremblant. La lueur des communs en feu qui montait d’en bas éclairait, proche de nous, un grand corps de cheminées ; elle rougissait le ciel au-dessus de nos têtes et empourprait le feuillage d’un noyer qui s’élevait à la hauteur de nos yeux. Mais autour de nous toute la déclivité inférieure de la toiture, avec les chéneaux de plomb qui la bordaient, restaient dans les ténèbres, épaissies par le contraste. Au-dessous, les flammes crépitaient, et d’épais nuages de fumée s’envolaient à ras du faîte ; mais où nous étions, le bruit de l’incendie aussi bien que le tumulte de la bacchanale ne nous arrivaient qu’atténués. Le souffle de la nuit rafraîchit nos fronts, et je m’accordai une minute pour penser, reprendre haleine, regarder autour de moi.

— Y a-t-il un autre accès au toit ? demandai-je avec inquiétude.

— Oui, monsieur, il y en a un autre.

— Où ?… Mais non, restez ici, et gardez cette porte, dis-je, en passant mon fusil à l’homme qui venait de me répondre. Et que ce gamin vienne avec moi, pour me montrer. Mademoiselle, restez ici, je vous prie.