— A quel château, mademoiselle ? A celui-ci ? dis-je tout hébété.

— Oui, répondit-elle, aussi calme que devant. La fumée sort par l’escalier du réduit. Je crois qu’ils ont mis le feu à l’aile orientale.

Je retournai bien vite avec elle, et avant même d’avoir atteint la petite porte par où nous étions montés, je vis qu’elle ne se trompait pas. Un léger tourbillon de fumée blanchâtre, à peine visible dans la nuit, filtrait par le joint, entre le panneau et le chambranle. Les femmes étaient encore autour à examiner la chose ; mais pendant que je les regardais, ahuri et me demandant ce qu’il convenait de faire, leur groupe se dispersa, et je restai seul avec Denise devant le flot de fumée qui devenait à chaque instant plus épais et plus noir.

Quelques minutes auparavant, aussitôt après avoir quitté l’étage inférieur, je me croyais capable d’affronter ce danger. Tout valait mieux que d’être pris avec les femmes, dans l’air confiné de ces pièces luxueuses, parfumées d’ambre et de rose, et de jasmin entêtant, — d’y être pris par les fauves qui nous poursuivaient. A cette heure le danger qui apparaissait le plus pressant me semblait aussi le pire.

— Nous allons retirer les briques ! m’écriai-je. Vite, il faut ouvrir cette trappe. Il n’y a pas d’autre voie de salut. Allons, mademoiselle, aidez-moi, je vous prie !

— Ceux-là s’en occupent, répondit-elle.

Je vis alors où avaient couru femmes et laquais. Ils étaient déjà auprès de la trappe, se démenant avec frénésie pour la débarrasser des briques que nous y avions empilées. Tout aussitôt leur précipitation me gagna.

— Venez, mademoiselle, venez ! m’écriai-je, en faisant vers le groupe un pas machinal. Les bandits sont apparemment occupés là-dessous à piller, et nous leur échapperons. D’ailleurs, c’est notre unique moyen de salut.

J’étais encore agité et troublé — soit dit à ma honte — par le sort de Gargouf ; et comme elle ne me répondit pas tout de suite, je me retournai avec impatience. Je fus stupéfait de me trouver seul. Dans l’obscurité, il était difficile de voir quelqu’un à plus de deux ou trois toises, et le voile de fumée s’élargissait. Pourtant, elle était à côté de moi il n’y avait qu’un instant, elle ne pouvait donc être bien loin. Je fis quelques pas de droite et de gauche, et regardai plus attentivement. Alors je la découvris. Elle était agenouillée contre une cheminée, la face ensevelie entre ses mains. Sa chevelure lui retombait sur les épaules et cachait en partie sa robe claire.

L’heure me parut mal choisie, et je la touchai du doigt avec irritation.