— Mademoiselle, dis-je, il n’y a pas une minute à perdre ! Venez ! La trappe est dégagée.
Elle leva les yeux, et la calme pâleur de son visage me dégrisa.
— Je ne viens pas, dit-elle, à voix basse. Adieu, monsieur !
— Vous ne venez pas ? m’écriai-je.
— Non, monsieur ; sauvez-vous, répliqua-t-elle, d’un ton ferme et tranquille.
Et elle me regardait en tenant toujours les mains jointes, comme si elle n’attendait que mon départ pour se remettre en prières.
Je trépignais.
— Mais, mademoiselle ! m’écriai-je, en considérant sa forme vêtue de blanc, que ces ténèbres rayées de temps à autre par le trait de feu d’une flammèche jaillissante, faisaient paraître presque irréelle ; mais, mademoiselle, comprenez donc ! ceci n’est pas un jeu. Rester ici, c’est vouloir mourir ! mourir ! Le château est en feu. Ce toit qui nous supporte ne tardera pas à s’écrouler…
— Plutôt cela, répondit-elle, en levant la main, et Dieu sait quelle noblesse féminine inspirait à l’enfant cette minute suprême. Plutôt cela, que de tomber en leur pouvoir ! Je suis une Saint-Alais, et je saurai mourir, continua-t-elle avec fermeté, mais je ne dois pas tomber vivante entre leurs mains. Vous, monsieur, sauvez votre vie. Allez, je prierai Dieu pour vous.
— Et moi pour vous, mademoiselle, répondis-je, dans un élan d’abnégation. Si vous restez, je reste.