«Quand nous arrivions avec un état-major, dans une ville d'Allemagne, au bout de la première quinzaine, les dames du pays avaient fait leur choix. Mais ce choix était constant; et j'ai ouï dire que les Français étaient l'écueil de beaucoup de vertus irréprochables jusqu'à eux.»


Les jeunes Allemands que j'ai rencontrés à Gœttingue, Dresde, Kœnigsberg, etc., sont élevés au milieu de systèmes prétendus philosophiques qui ne sont qu'une poésie obscure et mal écrite, mais, sous le rapport moral, de la plus haute et sainte sublimité. Il me semble voir qu'ils ont hérité de leur moyen âge, non le républicanisme, la défiance et le coup de poignard, comme les Italiens, mais une forte disposition à l'enthousiasme et à la bonne foi. C'est pour cela que, tous les dix ans, ils ont un nouveau grand homme qui doit effacer tous les autres (Kant, Steding, Fichte, etc., etc.[160]).

[160] Voir en 1821 leur enthousiasme pour la tragédie du Triomphe de la croix, qui fait oublier Guillaume Tell.

Luther fit jadis un appel puissant au sens moral, et les Allemands se battirent trente ans de suite pour obéir à leur conscience. Belle parole et bien respectable, quelque absurde que soit la croyance; je dis respectable, même pour l'artiste. Voir les combats dans l'âme de S… entre le troisième commandement de Dieu: Tu ne tueras point, et ce qu'il croyait l'intérêt de la patrie.

L'on trouve de l'enthousiasme mystique pour les femmes et l'amour jusque dans Tacite, si toutefois cet écrivain n'a pas fait uniquement une satire de Rome[161].

[161] J'ai eu le bonheur de rencontrer un homme de l'esprit le plus vif et en même temps savant comme dix savants allemands, et exposant ce qu'il a découvert en termes clairs et précis. Si jamais M. F… imprime, nous verrons le moyen âge sortir brillant de lumière à nos yeux, et nous l'aimerons.

L'on n'a pas plutôt fait cinq cents lieues en Allemagne que l'on distingue, dans ce peuple désuni et morcelé, un fond d'enthousiasme doux et tendre plutôt qu'ardent et impétueux.

Si l'on ne voyait pas bien clairement cette disposition, l'on pourrait relire trois ou quatre des romans d'Auguste la Fontaine que la jolie Louise, reine de Prusse, fit chanoine de Magdebourg, en récompense d'avoir si bien peint la vie paisible[162].

[162] Titre d'un des romans d'Auguste la Fontaine, la Vie paisible, autre grand trait des mœurs allemandes, c'est le farniente de l'Italien, c'est la critique physiologique du droski russe ou du horseback anglais.