Je vois une nouvelle preuve de cette disposition commune aux Allemands dans le code autrichien, qui exige l'aveu du coupable pour la punition de presque tous les crimes. Ce code, calculé pour un peuple où les crimes sont rares, et plutôt un accès de folie chez un être faible que la suite d'un intérêt courageux, raisonné, et en guerre constante avec la société, est précisément le contraire de ce qu'il faut à l'Italie, où l'on cherche à l'implanter; mais c'est une erreur d'honnêtes gens.
J'ai vu les juges allemands en Italie se désespérer des sentences de mort, ou l'équivalent, les fers durs, qu'ils étaient obligés de prononcer sans l'aveu des coupables.
CHAPITRE XLIX
Une journée à Florence.
Florence, 12 février 1819.
Ce soir j'ai trouvé dans une loge un homme qui avait quelque chose à solliciter auprès d'un magistrat de cinquante ans. Sa première demande a été: «Quelle est sa maîtresse? Chi avvicina adesso?» Ici toutes ces affaires sont de la dernière publicité, elles ont leurs lois, il y a la manière approuvée de se conduire, qui est basée sur la justice, sans presque rien de conventionnel, autrement on est un porco.
«Qu'y a-t-il de nouveau?» demandait hier un de mes amis, arrivant de Volterre. Après un mot de gémissement énergique sur Napoléon et les Anglais, on ajoute avec le ton du plus vif intérêt: «La Vitteleschi a changé d'amant: ce pauvre Gherardesca se désespère.—Qui a-t-elle pris?—Montegalli, ce bel officier à moustaches, qui avait la principessa Colona; voyez-le là-bas au parterre, cloué sous sa loge; il est là toute la soirée, car le mari ne veut pas le voir à la maison, et vous apercevez près de la porte le pauvre Gherardesca se promenant tristement et comptant de loin les regards que son infidèle lance à son successeur. Il est très changé, et dans le dernier désespoir; c'est en vain que ses amis veulent l'envoyer à Paris et à Londres. Il se sent mourir, dit-il, seulement à l'idée de quitter Florence.»
Chaque année il y a vingt désespoirs pareils dans la haute société, j'en ai vu durer trois ou quatre ans. Ces pauvres diables sont sans nulle vergogne, et prennent pour confidents toute la terre. Au reste, il y a peu de société ici, et encore, quand on aime, on n'y va presque plus. Il ne faut pas croire que les grandes passions et les belles âmes soient communes nulle part, même en Italie; seulement des cœurs plus enflammés et moins étiolés par les mille petits soins de la vanité y trouvent des plaisirs délicieux, même dans les espèces subalternes d'amour. J'y ai vu l'amour-caprice, par exemple, causer des transports et des moments d'ivresse, que la passion la plus éperdue n'a jamais amenés sous le méridien de Paris[163].
[163] De ce Paris qui a donné au monde Voltaire, Molière et tant d'hommes distingués par l'esprit; mais l'on ne peut pas tout avoir, et il y aurait peu d'esprit à en prendre de l'humeur.
Je remarquais ce soir qu'il y a des noms propres en italien pour mille circonstances particulières de l'amour, qui, en français, exigeraient des périphrases à n'en plus finir: par exemple, l'action de se retourner brusquement, quand du parterre on lorgne dans sa loge la femme qu'on veut avoir, et que le mari ou le servant viennent à s'approcher du parapet de la loge.
Voici les traits principaux du caractère de ce peuple.