1o L'attention accoutumée à être au service de passions profondes ne peut pas se mouvoir rapidement, c'est la différence la plus marquante du Français à l'Italien. Il faut voir un Italien s'embarquer dans une diligence, ou faire un payement, c'est là la furia francese; c'est pour cela qu'un Français des plus vulgaires, pour peu qu'il ne soit pas un fat spirituel à la Démasure, paraît toujours un être supérieur à une Italienne. (L'amant de la princesse D… à Rome.)

2o Tout le monde fait l'amour, et non pas en cachette comme en France; le mari est le meilleur ami de l'amant;

3o Personne ne lit;

4o Il n'y a pas de société. Un homme ne compte pas pour remplir et occuper sa vie sur le bonheur qu'il tire chaque jour de deux heures de conversation et le jeu de vanité dans telle maison. Le mot causerie ne se traduit pas en italien. L'on parle quand on a quelque chose à dire pour le service d'une passion, mais rarement l'on parle pour bien parler et sous tous les sujets venus;

5o Le ridicule n'existe pas en Italie.

En France nous cherchons à imiter tous les deux le même modèle et je suis juge compétent de la manière dont vous le copiez[164]. En Italie je ne sais pas si cette action singulière que je vois faire ne fait pas plaisir à celui qui la fait, et peut-être ne m'en ferait pas à moi-même.

[164] Cette habitude des Français, diminuant tous les jours, éloignera de nous les héros de Molière.

Ce qui est affecté dans le langage ou dans les manières à Rome est de bon ton ou inintelligible à Florence, qui en est à cinquante lieues. On parle français à Lyon comme à Nantes. Le vénitien, le napolitain, le génois, le piémontais, sont des langues presque entièrement différentes et seulement parlées par des gens qui sont convenus de n'imprimer jamais que dans une langue commune, celle qu'on parle à Rome. Rien n'est absurde comme une comédie dont la scène est à Milan et dont les personnages parlent romain. La langue italienne, beaucoup plus faite pour être chantée et parlée, ne sera soutenue contre la clarté française qui l'envahit que par la musique.

En Italie la crainte du pacha et de ses espions fait estimer l'utile; il n'y a pas du tout d'honneur bête[165]. Il est remplacé par une sorte de petite haine de société, appelée petegolismo.

[165] Toutes les infractions à cet honneur sont ridicules dans les sociétés bourgeoises en France. (Voir la Petite Ville, de M. Picard.)