Enfin donner un ridicule, c'est se faire un ennemi mortel, chose fort dangereuse dans un pays où la force et l'office des gouvernements se bornent à arracher l'impôt et à punir tout ce qui se distingue.
6o Le patriotisme d'antichambre.
Cet orgueil qui nous porte à chercher l'estime de nos concitoyens, et à faire corps avec eux, expulsé de toute noble entreprise, vers l'an 1550, par le despotisme jaloux des petits princes d'Italie, a donné naissance à un produit barbare, à une espèce de Caliban, à un monstre plein de fureur et de sottise, le patriotisme d'antichambre, comme disait M. Turgot, à propos du siège de Calais (le Soldat laboureur de ce temps-là). J'ai vu ce monstre hébéter les gens les plus spirituels. Par exemple un étranger se fera mal vouloir, même des jolies femmes, s'il s'avise de trouver des défauts dans le peintre ou dans le poète de ville, on lui dit fort bien et d'un grand sérieux qu'il ne faut pas venir chez les gens pour s'en moquer, et on lui cite à ce sujet un mot de Louis XIV sur Versailles.
A Florence on dit: il nostro Benvenuti, comme à Brescia, il nostro Arrici; ils mettent sur le mot nostro une certaine emphase contenue et pourtant bien comique, à peu près comme le Miroir parlant avec onction de la musique nationale, et de M. Monsigny, le musicien de l'Europe.
Pour ne pas rire au nez de ces braves patriotes, il faut se rappeler que, par suite des dissensions du moyen âge, envenimées par la politique atroce des papes[166], chaque ville hait mortellement la cité voisine, et le nom des habitants de celle-ci passe toujours dans la première pour synonyme de quelque grossier défaut. Les papes ont su faire de ce beau pays la patrie de la haine.
[166] Voir l'excellente et curieuse Histoire de l'Église, par M. de Potter.
Ce patriotisme d'antichambre est la grande plaie morale de l'Italie, typhus délétère qui aura encore des effets funestes longtemps après qu'elle aura secoué le joug de ses petits p….. ridicules[167]. Une des formes de ce patriotisme est la haine inexorable pour tout ce qui est étranger. Ainsi ils trouvent les Allemands bêtes, et se mettent en colère quand on leur dit: «Qu'a produit l'Italie dans le XVIIIe siècle d'égal à Catherine II ou à Frédéric le Grand? Où avez-vous un jardin anglais comparable au moindre jardin allemand, vous qui par votre climat avez un véritable besoin d'ombre?»
[167] 1822.
7o Au contraire des Anglais et des Français, les Italiens n'ont aucun préjugé politique; on y sait par cœur le vers de la Fontaine:
Notre ennemi c'est notre M.