CHAPITRE LIV
De l'éducation des femmes.
Par l'éducation actuelle des jeunes filles, qui est le fruit du hasard et du plus sot orgueil, nous laissons oisives chez elles les facultés les plus brillantes et les plus riches en bonheur pour elles-mêmes et pour nous. Mais quel est l'homme qui ne se soit écrié au moins une fois en sa vie:
Une femme en sait toujours assez,
Quand la capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse.
Les Femmes savantes, acte II, scène VII.
A Paris, la première louange pour une jeune fille à marier est cette phrase: «Elle a beaucoup de douceur dans le caractère, et par habitude moutonne.» Rien ne fait plus d'effet sur les sots épouseurs. Voyez-les deux ans après, déjeunant tête à tête avec leur femme par un temps sombre, la casquette sur la tête et entourés de trois grands laquais.
On a vu porter aux États-Unis, en 1818, une loi qui condamne à trente-quatre coups de fouet l'homme qui montrera à lire à un nègre de la Virginie[187]. Rien de plus conséquent et de plus raisonnable que cette loi.
[187] Je regrette de ne pas trouver dans le manuscrit italien la citation de la source officielle de ce fait; je désire que l'on puisse le démentir.
Les États-Unis d'Amérique eux-mêmes ont-ils été plus utiles à la mère patrie lorsqu'ils étaient ses esclaves ou depuis qu'ils sont ses égaux? Si le travail d'un homme libre vaut deux ou trois fois celui du même homme réduit en esclavage, pourquoi n'en serait-il pas de même de la pensée de cet homme?