Ces mêmes sots, se croyant obligés en vertu de la prééminence de leur sexe à savoir plus que les femmes, seraient ruinés de fond en comble, si les femmes s'avisaient d'apprendre quelque chose. Un sot de trente ans se dit, en voyant au château d'un de ses amis des jeunes filles de douze: «C'est auprès d'elles que je passerai ma vie dans dix ans d'ici.» Qu'on juge de ses exclamations et de son effroi s'il les voyait étudier quelque chose d'utile.
Au lieu de la société et de la conversation des hommes-femmes, une femme instruite, si elle a acquis des idées sans perdre les grâces de son sexe, est sûre de trouver parmi les hommes les plus distingués de son siècle une considération allant presque jusqu'à l'enthousiasme.
Les femmes deviendraient les rivales et non les compagnes de l'homme.—Oui, aussitôt que par un délit vous aurez supprimé l'amour. En attendant cette belle loi, l'amour redoublera de charmes et de transports; voilà tout. La base sur laquelle s'établit la cristallisation deviendra plus large; l'homme pourra jouir de toutes ses idées auprès de la femme qu'il aime, la nature tout entière prendra de nouveaux charmes à leurs yeux, et comme les idées réfléchissent toujours quelques nuances des caractères, ils se connaîtront mieux et feront moins d'imprudences; l'amour sera moins aveugle et produira moins de malheurs.
Le désir de plaire met à jamais la pudeur, la délicatesse et toutes les grâces féminines hors de l'atteinte de toute éducation quelconque. C'est comme si l'on craignait d'apprendre aux rossignols à ne pas chanter au printemps.
Les grâces des femmes ne tiennent pas à l'ignorance; voyez les dignes épouses des bourgeois de notre village, voyez en Angleterre les femmes des gros marchands. L'affectation qui est une pédanterie (car j'appelle pédanterie l'affectation, de me parler hors de propos d'une robe de Leroy ou d'une romance de Romagnesi, tout comme l'affectation de citer Fra Paolo et le concile de Trente à propos d'une discussion sur nos doux missionnaires), la pédanterie de la robe et du bon ton, la nécessité de dire sur Rossini précisément la phrase convenable, tue les grâces des femmes de Paris; cependant, malgré les terribles effets de cette maladie contagieuse, n'est-ce pas à Paris que sont les femmes les plus aimables de France? Ne serait-ce point que ce sont celles dans la tête desquelles le hasard a mis le plus d'idées justes et intéressantes? Or ce sont ces idées-là que je demande aux livres. Je ne leur proposerai certainement pas de lire Grotius ou Puffendorf depuis que nous avons le commentaire de Tracy sur Montesquieu.
La délicatesse des femmes tient à cette hasardeuse position où elles se trouvent placées de si bonne heure, à cette nécessité de passer leur vie au milieu d'ennemis cruels et charmants.
Il y a peut-être cinquante mille femmes en France qui, par leur fortune, sont dispensées de tout travail. Mais sans travail il n'y a pas de bonheur. (Les passions forcent elles-mêmes à des travaux, et à des travaux fort rudes qui emploient toute l'activité de l'âme.)
Une femme qui a quatre enfants et dix mille livres de rente travaille en faisant des bas ou une robe pour sa fille. Mais il est impossible d'accorder qu'une femme qui a carrosse à elle travaille en faisant une broderie ou un meuble de tapisserie. A part quelques petites lueurs de vanité, il est impossible qu'elle y mette aucun intérêt; elle ne travaille pas.
Donc son bonheur est gravement compromis.
Et, qui plus est, le bonheur du despote, car une femme dont le cœur n'est animé depuis deux mois par aucun intérêt autre que celui de la tapisserie, aura peut-être l'insolence de sentir que l'amour-goût, ou l'amour de vanité, ou enfin même l'amour physique est un très grand bonheur comparé à son état habituel.