Aux États-Unis, chacun paye son prêtre, ces messieurs sont obligés d'avoir du mérite, et mon voisin ne s'avise pas de mettre son bonheur à m'imposer son prêtre (Lettre de Birkbeck).

Que sera-ce si j'ai la conviction, comme nos p…s, que mon prêtre est l'allié intime de mon é…? Donc, à moins d'un Luther, il n'y aura plus de catholicisme en F… en 1850. Cette religion ne pouvait être sauvée, en 1820, que par M. Grégoire: voyez comme on le traite.

Dans les deux sexes, c'est de la manière dont on a employé la jeunesse que dépend le sort de l'extrême vieillesse; cela est vrai de meilleure heure pour les femmes. Comment une femme de quarante-cinq ans est-elle reçue dans le monde? d'une manière sévère et plutôt inférieure à son mérite; on les flatte à vingt ans, on les abandonne à quarante.

Une femme de quarante-cinq ans n'a d'importance que par ses enfants ou son amant.

Une mère qui excelle dans les beaux-arts ne peut communiquer son talent à son fils que dans le cas extrêmement rare où ce fils a reçu de la nature précisément l'âme de ce talent. Une mère qui a l'esprit cultivé donnera à son jeune fils une idée, non seulement de tous les talents purement agréables, mais encore de tous les talents utiles à l'homme en société, et il pourra choisir. La barbarie des Turcs tient en grande partie à l'état d'abrutissement moral des belles Géorgiennes. Les jeunes gens nés à Paris doivent à leurs mères l'incontestable supériorité qu'ils ont à seize ans sur les jeunes gens provinciaux de leur âge. C'est de seize à vingt-cinq ans que la chance tourne.

Tous les jours les gens qui ont inventé le paratonnerre, l'imprimerie, l'art de faire le drap, contribuent à notre bonheur, et il en est de même des Montesquieu, des Racine, des la Fontaine. Or, le nombre des génies que produit une nation est proportionnel au nombre d'hommes qui reçoivent une culture suffisante[198], et rien ne me prouve que mon bottier n'ait pas l'âme qu'il faut pour écrire comme Corneille: il lui manque l'éducation nécessaire pour développer ses sentiments et lui apprendre à les communiquer au public.

[198] Voir les généraux en 1795.

D'après le système actuel de l'éducation des jeunes filles, tous les génies qui naissent femmes sont perdus pour le bonheur du public; dès que le hasard leur donne les moyens de se montrer, voyez-les atteindre aux talents les plus difficiles; voyez de nos jours une Catherine II, qui n'eut d'autre éducation que le danger et le c…; une Mme Roland, une Alessandra Mari, qui, dans Arezzo, lève un régiment et le lance contre les Français; une Caroline, reine de Naples, qui sait arrêter la contagion du libéralisme mieux que nos Castlereagh et nos P… Quant à ce qui met obstacle à la supériorité des femmes dans les ouvrages de l'esprit, on peut voir le chapitre de la pudeur, [article 9]. Où ne fût pas arrivée miss Edgeworth si la considération nécessaire à une jeune miss anglaise ne lui eût fait une nécessité, lorsqu'elle débuta, de transporter la chaire dans le roman[199]?

[199] Sous le rapport des arts, c'est là le grand défaut d'un gouvernement raisonnable, et aussi le seul éloge raisonnable de la monarchie à la Louis XIV. Voir la stérilité littéraire de l'Amérique. Pas une seule romance comme celles de Robert Burns ou des Espagnols du XIIIe siècle[200].

[200] Voir les admirables romances des Grecs modernes, celles des Espagnols et des Danois du XIIIe siècle, et encore mieux les poésies arabes du VIIe siècle.