L'aimable Donézan disait hier: «Dans ma jeunesse, et jusque bien avant dans ma carrière, puisque j'avais cinquante ans en 89, les femmes portaient de la poudre dans leurs cheveux.

«Je vous avouerai qu'une femme sans poudre me fait répugnance; la première impression est toujours d'une femme de chambre qui n'a pas eu le loisir de faire sa toilette.»

Voilà la seule raison contre Shakespeare et en faveur des unités.

Les jeunes gens ne lisant que la Harpe, le goût des grands toupets poudrés, comme ceux que portait la feue reine Marie-Antoinette, peut encore durer quelques années. Je connais aussi des gens qui méprisent le Corrège et Michel-Ange, et certes, M. Donézan était homme d'infiniment d'esprit.

C

Froide, brave, calculatrice, méfiante, discutante, ayant toujours peur d'être électrisée par quelqu'un qui pourrait se moquer d'elle, absolument libre d'enthousiasme, un peu jalouse des gens qui ont vu de grandes choses à la suite de Napoléon, telle était la jeunesse de ce temps-là, plus estimable qu'aimable. Elle amenait forcément le gouvernement au rabais du centre gauche. Ce caractère de la jeunesse se retrouvait jusque parmi les conscrits dont chacun n'aspire qu'à finir son temps.

Toutes les éducations, données exprès ou par hasard, forment les hommes pour une certaine époque de la vie. L'éducation du siècle de Louis XV plaçait à vingt-cinq ans le plus beau moment de ses élèves[234].

[234] M. de Francueil, quand il portait trop de poudre. Mémoires de Mme d'Épinay.

C'est à quarante que les jeunes gens de ce temps-là seront le mieux, ils auront perdu la méfiance et la prétention, et gagné l'aisance et la gaieté.

CI
Discussion entre l'homme de bonne foi et l'homme d'Académie.