«Dans cette discussion avec l'académicien, toujours l'académicien se sauvait en reprenant de petites dates et autres semblables erreurs de peu d'importance; mais la conséquence et qualification naturelle des choses, il niait toujours, ou semblait ne pas entendre: par exemple, que Néron eût été cruel empereur ou Charles II parjure. Or, comment prouver de telles choses, ou, les prouvant, ne pas arrêter la discussion générale et en perdre le fil?»
«Telle manière de discussion ai-je toujours vue entre telles gens, dont l'un ne cherche que vérité et avancement en icelle, l'autre faveur de son maître ou parti, et gloire du bien dire. Et j'ai estimé grande duperie et perdement de temps en l'homme de bonne loi de s'arrêter à parler avec lesdits académiciens.» (Œuvres badines de Guy Allard de Voiron)
CII
Il n'y a qu'une très petite partie de l'art d'être heureux qui soit une science exacte, une sorte d'échelle sur laquelle on soit assuré de monter sur un échelon chaque siècle: c'est celle qui dépend du gouvernement: (encore ceci n'est-il qu'une théorie, je vois les Vénitiens de 1770 plus heureux que les gens de Philadelphie d'aujourd'hui).
Du reste, l'art d'être heureux est comme la poésie; malgré le perfectionnement de toutes choses, Homère, il y a deux mille sept cents ans, avait plus de talent que lord Byron.
En lisant attentivement Plutarque, je crois m'apercevoir qu'on était plus heureux en Sicile du temps de Dion, quoiqu'on n'eût ni imprimerie ni punch à la glace, que nous ne savons l'être aujourd'hui.
J'aimerais mieux être un Arabe du Ve siècle qu'un Français du XIXe.
CIII
Ce n'est jamais cette illusion qui renaît et se détruit à chaque seconde que l'on va chercher au théâtre, mais l'occasion de prouver à son voisin, ou du moins à soi-même, si l'on a la contrariété de n'avoir point de voisin, que l'on a bien lu son la Harpe et que l'on est homme de goût. C'est un plaisir de vieux pédant que se donne la jeunesse.