A la cour, l'i*** est de mauvais ton, parce qu'il est censé qu'elle est contre l'intérêt des princes: l'i*** est aussi de mauvais ton en présence des jeunes filles, cela les empêcherait de trouver un mari. Il faut convenir que s* D*** e***, il doit lui être agréable d'être honoré pour de tels motifs.

CXXV

Dans l'âme d'un grand peintre ou d'un grand poète, l'amour est divin comme centuplant le domaine et les plaisirs de l'art, dont les beautés donnent à son âme le pain quotidien. Que de grands artistes qui ne se doutent ni de leur âme ni de leur génie! Souvent ils se croient un médiocre talent pour la chose qu'ils adorent, parce qu'ils ne sont pas d'accord avec les eunuques du sérail, les la Harpe, etc.: pour ces gens-là, même l'amour malheureux est bonheur.

CXXVI

L'image du premier amour est la plus généralement touchante; pourquoi? c'est qu'il est presque le même dans tous les pays, de tous les caractères. Donc ce premier amour n'est pas le plus passionné.

CXXVII

La raison! la raison! Voilà ce qu'on crie toujours à un pauvre amant. En 1760, dans le moment le plus animé de la guerre de Sept ans, Grimm écrivait: «… Il n'est point douteux que le roi de Prusse n'eût prévenu cette guerre avant qu'elle éclatât, en cédant la Silésie. En cela il eût fait une action très sage. Combien de maux il aurait prévenus! Que peut avoir de commun la possession d'une province avec le bonheur d'un roi? et le grand électeur n'était-il pas un prince très heureux et très respecté sans posséder la Silésie? Voilà comment un roi aurait pu se conduire en suivant les préceptes de la plus saine raison, et je ne sais comment il serait arrivé que ce roi eût été l'objet des mépris de toute la terre, tandis que Frédéric, sacrifiant tout au besoin de conserver la Silésie, s'est couvert d'une gloire immortelle.

«Le fils de Cromwell a sans doute fait l'action la plus sage qu'un homme puisse faire; il a préféré l'obscurité et le repos à l'embarras et au danger de gouverner un peuple sombre, fougueux et fier. Ce sage a été méprisé de son vivant et par la postérité, et son père est resté un grand homme au jugement des nations.

«La Belle Pénitente est un sujet sublime du théâtre espagnol[236], gâté en anglais et en français par Otway et Colardeau. Caliste a été violée par un homme qu'elle adore, que les fougues d'orgueil de son caractère rendent odieux, mais que ses talents, son esprit, les grâces de sa figure, tout enfin concourt à rendre séduisant. Lothario eût été trop aimable s'il eût su modérer de coupables transports; du reste, une haine héréditaire et atroce divise sa famille et celle de la femme qu'il aime. Ces familles sont à la tête des deux factions qui partagent une ville d'Espagne durant les horreurs du moyen âge. Sciolto, le père de Caliste, est le chef de l'autre faction, qui, dans ce moment, a le dessus; il sait que Lothario a eu l'insolence de vouloir séduire sa fille. La faible Caliste succombe sous les tourments de sa honte et de sa passion. Son père est parvenu à faire donner à son ennemi le commandement d'une armée navale, qui part pour une expédition lointaine et dangereuse, où probablement Lothario trouvera la mort. Dans la tragédie de Colardeau, il vient donner cette nouvelle à sa fille. A ces mots, la passion de Caliste s'échappe:

[236] Voir les romances espagnoles et danoises du XIIIe siècle; elles paraîtraient plates ou grossières au goût français.