[34] Il y a une cause physique, un commencement de folie, une affluence du sang au cerveau, un désordre dans les nerfs et dans le centre cérébral. Voir le courage éphémère des cerfs et la couleur des pensées d'un soprano. En 1922, la physiologie nous donnera description de la partie physique de ce phénomène. Je le recommande à l'attention de M. Edwards.

Une marque effrayante que la tête se perd, c'est qu'en pensant à quelque petit fait, difficile à observer, vous le voyez blanc, et vous l'interprétez en faveur de votre amour, un instant après vous vous apercevez qu'en effet il était noir, et vous le trouvez encore concluant en faveur de votre amour.

C'est alors qu'une âme en proie aux incertitudes mortelles sent vivement le besoin d'un ami; mais pour un amant il n'est plus d'ami. On savait cela à la cour. Voilà la source du seul genre d'indiscrétion qu'une femme délicate puisse pardonner.

CHAPITRE XIII
Du premier pas, du grand monde, des malheurs.

Ce qu'il y a de plus étonnant dans la passion de l'amour, c'est le premier pas, c'est l'extravagance du changement qui s'opère dans la tête d'un homme.

Le grand monde, avec ses fêtes brillantes, sert l'amour comme favorisant ce premier pas.

Il commence par changer l'admiration simple (no 1) en admiration tendre (no 2): Quel plaisir de lui donner des baisers, etc.

Une valse rapide, dans un salon éclairé de mille bougies, jette dans les jeunes cœurs une ivresse qui éclipse la timidité, augmente la conscience des forces et leur donne enfin l'audace d'aimer. Car voir un objet très aimable ne suffit pas; au contraire, l'extrême amabilité décourage les âmes tendres, il faut le voir, sinon vous aimant[35], du moins dépouillé de sa majesté.

[35] De là la possibilité des passions à origine factice, celles-ci, et celle de Bénédict, et de Béatrix (Shakespeare).

Qui s'avise de devenir amoureux d'une reine, à moins qu'elle ne fasse des avances[36]?