Il ouvrit une porte de la bibliothèque, qui donnait sur un petit escalier intérieur qu'il prenait souvent, pour éviter de passer dans le salon et sous les yeux de Mlle Bérard.
Mme de Chasteller l'accompagna, comme pour adoucir, par cette politesse, ce qu'il pouvait y avoir de blessant dans la prière qu'elle venait de lui adresser; sur le palier de ce petit escalier, elle lui dit:
«—Adieu, monsieur... à après-demain...»
Il appuyait la main droite sur la rampe d'acajou; il chancelait évidemment.
Mme de Chasteller eut pitié de lui; elle eut l'idée de lui prendre la main à l'anglaise, en signe de bonne amitié. Lucien, voyant la main de Mme de Chasteller s'approcher de la sienne, la prit et la porta lentement à ses lèvres. En faisant ce mouvement, sa figure se trouva tout près de celle de Mme de Chasteller; il quitta sa main et la serra dans ses bras, en collant ses lèvres sur sa joue. Elle n'eut pas la force de s'éloigner et resta immobile et presque abandonnée dans les bras de Lucien. Il la serrait avec extase et redoublait ses baisers. À la fin, elle s'éloigna doucement, mais ses yeux baignés de larmes exprimaient franchement la plus vive tendresse. Elle parvint à lui dire pourtant:
«—Adieu, monsieur!»
Et, comme il la regardait éperdu, elle se reprit:
«—Adieu, mon ami, à demain... mais laissez-moi.»
Et il la laissa, et il descendit l'escalier, en se retournant, il est vrai pour la regarder.
Il fut ivre de bonheur, ce qui l'empêcha de voir qu'il était bien jeune, bien sot.