Il regardait du coin de l'œil le capitaine qui était à sa droite.

«—Ils passent leur vie à jouer la comédie; ils redoutent tout peut-être, excepté la mort. Ce sont des gens comme mon cousin Déverloy.»

Lucien se remit à écouter les lanciers, et bientôt, avec délices, son âme fut dans les pays imaginaires: il jouissait vivement de sa liberté et de sa générosité; il ne voyait que de grandes choses à faire et de beaux faits. Les propos plus que simples de ces soldats faisaient sur lui reflet, d'une excellente musique. La vie se peignait en couleur de rose.

Tout à coup, au milieu de ces deux lignes de lanciers, marchant négligemment et au pas, arriva au grand trot, par le milieu de la route qui était restée libre, l'adjudant sous-officier.

Il adressait certains mots à demi-voix aux officiers, et Lucien vit les hommes se redresser sur leurs chevaux.

«—Ce mouvement leur donne tout à fait bonne mine,» se dit-il.

Sa figure jeune et naïve ne put résister à cette tentation vive; elle peignait le contentement et la bonté, et peut-être un peu de curiosité. Ce fut un tort. Il eut dû rester impassible, ou mieux encore, donner à ses traits une expression contraire à celle qu'on s'attendait à y lire.

Le capitaine se dit aussitôt: «Ce beau jeune homme va me faire une question, et je vais le remettre à sa place pour une réponse bien ficelée.»

Mais Lucien, pour tout au monde, n'eût pas fait une question à un de ses camarades, si peu camarades; il chercha à deviner par lui-même le mot qui tout à coup donnait l'air si alerte à tous les lanciers, et remplaçait le laisser aller d'une longue route par toutes les grâces militaires.

Le capitaine attendait une question; à la fin il ne put supporter le silence continu du jeune Parisien.