«—Je vais avoir l'honneur de vous faire ma question par écrit; j'espère que vous oserez par écrit aussi me répondre. Après quoi j'enverrai un courrier au ministre.

«—Un courrier, un courrier! Vous n'aurez ni chevaux, ni courrier, ni passeport. Savez-vous qu'au sortir de la ville il y a ordre de rien laisser passer sans passeport signé de moi, et encore avec un signe particulier?

«—Eh bien, monsieur le préfet, dit Lucien en mettant un intervalle fortement marqué entre chacun de ses mots, il n'y a plus de gouvernement possible. J'ai des ordres pour le général, et je vais, du moment que vous n'obéissez pas au ministre de l'Intérieur, lui demander de vous faire arrêter.

«—Me faire arrêter, morbleu!»

Et le petit préfet s'élança sur Lucien qui prit une chaise et l'arrêta à trois pas de distance.

«—Monsieur le préfet, avec ces façons-là, vous serez battu et puis arrêté. Je ne sais pas si vous serez content.

«—Vous êtes un insolent et vous me rendrez raison!

«—Vous auriez besoin que je vous rendisse la raison. Pour le présent, je me bornerai à vous dire que mon mépris pour vous est complet, mais je ne vous accorderai l'honneur de tirer l'épée avec moi que le lendemain de l'élection de M. Mairobert. Je vais faire part de mes instructions au général.»

Ce mot parut mettre le préfet tout à fait hors de lui.

«—Si le général obéit, comme je n'en doute pas, aux ordres du ministre de la Guerre, vous serez arrêté, et moi mis en possession du télégraphe. Si le général ne pense pas devoir me prêter main-forte, je vous laisse, monsieur, tout l'honneur de faire élire M. Mairobert et je pars pour Paris, et passerai quand même les portes de la ville. À Paris, comme ici, je serai toujours prêt à vous renouveler l'hommage de mon mépris pour vos talents comme pour votre caractère. Adieu, monsieur.»