«—Je vais le chercher seul.
«—Rue des Carmes, n° 7, au second, sur le derrière. Il faudra frapper à la porte deux coups avec le dos du doigt, et puis cinq. Vous comprenez, Henri V est le second de nos rois, Charles X le premier.»
Lucien, absorbé par le sentiment du devoir, était comme un général qui commande en chef et s'aperçoit qu'il va perdre la bataille. Tous les détails que nous avons rapportés l'amusaient, mais il cherchait à n'y pas penser, de peur d'être distrait. Il y avait sans doute une personne aux écoutes derrière la porte de Mme Blachet, car à peine eut-il frappé les deux, puis les cinq coups, qu'il entendit parler à voix basse.
Après un certain temps, on lui ouvrit et on l'introduisit dans une pièce obscure, dont la boiserie était peinte en blanc et les carreaux de vitre enfumés. Un véritable bureau de prison gardé par un homme qui avait une figure jaune, des traits effacés et l'air malade. C'était M. de Cerna. Il montra de la main une chaise à grand dossier en noyer. Sur la cheminée, au lieu de glace il y avait un grand crucifix noir.
«—Que réclamez-vous de mon ministère, monsieur?
«—Louis-Philippe, le roi mon maître, m'envoie à Caen pour empêcher l'élection de M. Mairobert. Elle est probable, toutefois, car il dispose sur 900 voix, de 410. Le roi, mon maître, ne dispose que de 310 voix. S'il vous convient, monsieur, de faire élire un de vos amis, à l'exclusion de M. Mairobert, je vous offre ces 310 voix. Joignez-y les 100 voix de vos gentilshommes de campagne, et vous aurez à la Chambre un homme de votre couleur. Je ne vous demande qu'une chose: c'est qu'il soit électeur et du pays.
«—Ah! vous avez peur de M. Berryer?
«—Je n'ai peur de personne.
«—Oserais-je vous demander vos lettres de créance?
«—Les voici, dit Lucien, qui n'hésita pas à mettre dans la main de M. de Cerna la lettre du ministre de l'intérieur à M. le préfet.