«—Et maintenant à la préfecture!
«—Si vous ne voyez pas d'indiscrétion à ma demande, je vous prierais, mon général, de porter la parole.
«—Cela est un peu contre nos conventions; je m'étais réservé un rôle tout à fait secondaire. Mais enfin, j'ouvrirai le débat, comme on dit en Angleterre.»
Le général tenait beaucoup à montrer qu'il avait des lettres! mais ce brave homme avait bien mieux: un rare bon sens et de la bonté.
À peine eut-il expliqué au préfet qu'on le suppliait de donner à M. de Crémieux les voix dont il avait disposé la veille, lors de la nomination du président, que celui-ci l'interrompit d'un ton aigre:
«—Je ne m'attendais pas à moins après toutes ces communications télégraphiques. Mais enfin, messieurs, je ne suis pas encore destitué, et M. Leuwen n'est pas encore préfet.»
Tout ce que la colère peut mettre dans la bouche d'un petit sophiste sournois, fut adressé par M. de Séranville au général et à Lucien. La scène dura cinq heures. Le général ne perdit un peu patience que vers la fin.
«—Votre élection est évidemment perdue; laissez-la mourir entre les mains de M. Leuwen. Comme les médecins appelés trop lard, M. Leuwen aura tout l'odieux de la mort du malade.
«—Il aura ce qu'il voudra ou ce qu'il pourra, mais jusqu'à ma destitution, il n'aura pas la préfecture.»
Ce fut sur cette réponse de M. de Séranville que Lucien fut obligé de retenir le général.