«—Lequel de vous, messieurs, leur dit M. Leuwen, aurait pour agréable de dîner au Château?»
À ces mots, les bons députés le virent l'égal d'un dieu.
On convint que M. Chapeau, l'un d'entre eux, aurait le premier cet honneur, et que plus tard, avant la fin de la session, on solliciterait le même honneur pour M. Cambray.
«—J'ajouterai à ces deux noms ceux de MM. Lamorte et Debrée, qui ont voulu nous quitter.»
Ces messieurs bredouillèrent et firent des excuses.
M. Leuwen alla solliciter l'aide de camp de service de Sa Majesté, et moins de quinze jours après, les quatre députés les plus obscurs de la Chambre furent engagés à dîner chez le roi. M. Cambray fut tellement comblé par cette faveur qu'il tomba malade et ne put en profiter. Le lendemain de ce dîner, M. Leuwen pensa qu'il devait profiler de la faiblesse de ces gens, auxquels l'esprit seul manquait pour être méchants.
«—Messieurs, leur dit-il, si Sa Majesté m'accordait une croix, lequel parmi vous devra-t-il être l'heureux chevalier?»
Les députés demandèrent huit jours pour se concerter, mais ils ne purent tomber d'accord. La semaine suivante, on alla au scrutin, et M. Lamorte fut désigné pour la croix.
Depuis longtemps, M. Leuwen avait osé avouer à Mme Leuwen ses projets d'ambition.
«—Je commence à songer sérieusement à tout ceci. Le succès est venu me chercher, moi qui, à la Chambre, parle connue dans un salon. Et le plaisant c'est que, si ce ministère qui ne bat plus que d'une aile, vient à tomber, je ne saurai plus que dire. Car enfin je n'ai d'opinion sur rien et ce n'est certainement pas à mon âge que j'irai travailler à m'en former une.