À peine arrivés:
«—Vous êtes un homme et un brave homme. Préparez-vous à tout ce qu'il y a de pis. Me permettrez-vous de parler librement?
«—Je vous en prie, mon cher monsieur Leffre. Dites-moi nettement ce qu'il y a de pis.
«—Il faut faire banqueroute!
«—Grand Dieu! Combien doit-on?
«—Juste autant qu'on a. Si vous ne faites pas banqueroute, il ne vous reste rien.
«—Y a-t-il moyen de ne pas faire banqueroute?
«—Sans doute, mais il ne vous restera peut-être pas cent mille écus, et encore faudra-t-il cinq ou six ans pour faire la rentrée de cette somme.
«—Attendez-moi un instant: je vais parler à ma mère.
«—Monsieur, Mme votre mère n'est pas dans les affaires: peut-être ne conviendrait-il pas de prononcer le mot de banqueroute aussi nettement. Vous pouvez payer 60 0/0, et il vous reste une honnête aisance. M. votre père était aimé de tout le haut commerce, et il n'est pas de petit boutiquier auquel il n'ait prêté une ou deux fois dans sa vie une couple de billets de mille francs. Vous avez votre concordat signé à 60 0/0, avant trois jours et avant même la vérification du grand livre. Et, ajouta M. Leffre en baissant la voix, les affaires des dix-neuf derniers jours sont portées sur un livre à part, que j'enferme tous les soirs. Nous avons pour 190.000 francs d'argent liquide, et sans ce livre on ne saurait où les prendre.