«—Et cet homme est parfaitement honnête!» pensa Lucien.

M. Leffre, le voyant pensif, ajouta:

«—M. Lucien a un peu perdu l'habitude du comptoir, depuis qu'il est dans les honneurs. Il attache peut-être, à ce mot de banqueroute, la fausse idée qu'on en a dans le monde. M. Van Peters, que vous aimiez tant, avait fait banqueroute à New-York, et cela l'avait si peu déshonoré, que nos plus belles affaires se font avec New-York et l'Amérique du Nord.

«—Une place va me devenir nécessaire! songeait Lucien.

«—Vous pourriez offrir 4 0/0, continuait M. Leffre, croyant le décider; j'ai tout arrangé dans ce sens. Si quelque créancier de mauvaise humeur veut vous forcer la main, vous le réduirez à 35 0/0. Mais, suivant moi, offrir 40 0/0 serait manquer à la probité. Offrez-en 60, et Mme Leuwen n'est pas obligée de mettre à bas son carrosse. Mme Leuwen sans voiture! Il n'est pas un de nous à qui ce spectacle ne perçât le cœur. Il n'est pas un de nous à qui M. votre père n'ait donné en cadeaux plus de la valeur de ses appointements.»

Lucien se taisait toujours et cherchait s'il n'y avait pas un moyen de cacher cet événement à sa mère.

«—Il n'est pas un de nous qui ne soit décidé à tout faire pour qu'il reste à Mme votre mère et à vous une somme ronde de 600.000 francs. Et d'ailleurs, s'écria M. Leffre en grossissant la voix, quand aucun de ces messieurs ne le voudrait, je le veux, moi, qui suis le chef, et vous aurez 600.000 francs, aussi sûrement que si vous les teniez, et en outre du mobilier, de l'argenterie, etc.

«—Attendez-moi, monsieur,» dit Lucien.

Ce détail de mobilier, d'argenterie, lui fit horreur. Il revint à M. Leffre après un gros quart d'heure. Il avait employé dix minutes à préparer sa mère. Elle avait, comme lui, horreur de la banqueroute, et avait offert le sacrifice de sa dot, montant à 150.000 francs, ne réclamant qu'une pension viagère de 1.200 francs pour elle, et de 1.200 francs pour son fils.

M. Leffre fui atterré par cette résolution de payer intégralement tous les créanciers, il supplia Lucien de réfléchir vingt-quatre heures.