«Voilà donc le policier blessé mortellement. L'ennuyeux c'est qu'il n'est pas mort.
«C'est là l'affaire. Maintenant, le problème à résoudre: cet homme sait qu'il n'a que trois ou quatre jours à vivre; qui nous répond de sa discrétion?
«Le roi vient de faire une scène épouvantable au général B... Malheureusement je me suis trouvé là, sous la main, et le roi a prétendu que moi seul avais tout le tact nécessaire pour faire finir cette cruelle affaire comme il faut. Si j'étais moins connu, j'irais voir le blessé qui est à l'Hôtel-Dieu, et étudier les personnes qui approchent son lit. Mais ma présence seule centuplerait le venin de cette affaire. Le général B... paye mieux ses employés de police que moi les miens. De plus, il doit être furieux de la scène de ce matin et des éloges dont j'ai été l'objet en sa présence et presque à ses dépens. Un homme d'esprit connue vous devine la vérité. Si mes agents font quelque chose qui vaille auprès du lit de douleur de cet homme, ils auront soin de remettre leur rapport dans mon cabinet cinq minutes après qu'ils m'auront vu sortir de l'hôtel de la rue de Grenelle, et une heure auparavant le général B... les aura interrogés tout à son aise. Maintenant, mon cher Lucien, voulez-vous me tirer d'un grand embarras?»
Après un petit silence, Lucien répondit:
«—Oui, monsieur.»
Mais l'expression de ses traits était infiniment moins rassurante que sa réponse.
Lucien continua d'un air glacial:
«—Je suppose que je n'aurai pas à parler au chirurgien.
«—Très bien, mon ami, très bien. Vous devinez tout le poids de la question, se hâta de répondre le ministre. Le général B... a déjà agi et trop agi. Ce chirurgien est un colosse dénommé Monod, qui ne lit que le Courrier Fronçais au café de l'Hôpital.»
Lucien était violemment agité; après un silence inquiétant, il finit par dire au ministre: