Le reste de la profondeur de la chambre à coucher, derrière le cabinet de toilette, forme alcôve pour le lit; c'est là, comme le dit M. Arbelet, suivant toute vraisemblance, que dut naître Stendhal en 1783, là aussi que mourut probablement Mme Beyle en 1790.—Ce qui est capital ici, c'est le nombre des fenêtres qui, au 1er et au 3e étage, est de 4, et qui, au 2e étage, est porté à 6 par l'addition de la fenêtre étroite d et de l'ouverture f, destinée celle-ci à éclairer le cabinet de toilette: l'étage est donc le second, à l'exclusion de tout autre.
La partie de l'appartement située entre la cour et le jardin Lamouroux (cour du n° 4 actuel de la rue Lafayette), avec le petit escalier L qui peut le rendre indépendant et le jour de souffrance qui l'éclaire en permettant d'apercevoir un tilleul du jardin, est figurée p. 107 du ms., correspondant à la p. 93 (t. Ier) de la présente édition.
Enfin, p. 157 du ms., correspondant à la p. 126 (t. Ier) de l'éd. imprimée, Stendhal a dessiné le plan spécial du cabinet de son père, contigu à l'immeuble n° 16 et éclairé par nos deux fenêtres inégales a et b.
L'examen de ces 10 plans divers, à titre de contre-épreuve, permet de clore ici la discussion.
On comprendra, si l'on pénètre aujourd'hui dans l'étroite allée, dans la cour obscure et rétrécie par la construction du fond,—et dès l'entrée dans la rue tortueuse, privée de toute perspective un peu large et souvent de lumière,—que successivement tous les propriétaires aient éprouvé le besoin d'en sortir, si riche et confortable qu'en pût être l'aménagement intérieur; que Chérubin Beyle, dans sa hâte de déménager, n'ait pas attendu l'achèvement de sa maison neuve pour se défaire de ce qui lui restait de l'ancienne; que le futur Stendhal enfin réserve au logis de son grand-père, si admirablement placé entre la vie intense de la place Grenette et la reposante verdure du Jardin de Ville, ses prédilections d'enfant, naturellement avide de gaieté, de grand jour et de liberté.
Conclurons-nous donc en disant que, si nous connaissons désormais la maison natale de Stendhal, nous n'avons saisi qu'une vaine ombre, et que ses Feuillantines, son Milly, ses Enfances en un mot doivent être placées ailleurs? Dirons-nous une fois de plus que l'éducation est indépendante des hasards de la naissance, et que le lieu fortuit de celle-ci ne mérite pas qu'on le prenne à ce point au sérieux? que les plaques commémoratives, pour être à certains égards d'une scientifique précision, se trompent d'adresse le plus souvent? Non certes: nous savons assez que rien ne vient du néant, que notre être est conditionné, plus qu'on ne l'a cru et à notre insu même, par ses origines, par la race, par le milieu, par les impressions demi-conscientes, inconscientes même, des toutes premières années, pour ne pas condamner cette religion traditionnelle du souvenir.
Stendhal naquit donc et vécut quelque dix ans dans la demeure où depuis si longtemps se succédaient ses ascendants paternels, au 2e étage du n° 14 actuel de la rue J.-J.-Rousseau; c'est dans le petit logement ayant vue sur la cour qu'il fut installé et logé avec ses précepteurs successifs, c'est dans cet horizon si restreint que se forma, que s'altéra, si l'on veut, et s'aigrit prématurément son caractère. Que plus tard il ait fait du chemin, que son odyssée l'ait peu à peu détourné de la maison paternelle et du pays natal jusqu'à paraître supprimer parfois tout contact, on ne le sait que trop à Grenoble et on l'exagère trop volontiers. Il n'est pas revenu, soit; mais peut-être s'est-il moins éloigné qu'il ne le pensait lui-même et, quoi qu'il en soit et de quelque façon qu'on le juge, c'est bien de là qu'il est parti.