Mais comment ces gens faibles pourront-ils apercevoir une étoile tellement rapprochée du soleil? L'admiration de ces rustres polis et avares pour la civilisation qui donnait un vernis charmant même au maréchal de Boufflers (mort vers 1712[5]), qui était un sot, les empêchera de sentir le manque total de simplicité et de naturel chez Racine, et à comprendre ce vers de Camille:
Tout ce que je voyais me semblait Curiace.
Que j'écrive cela à cinquante-trois ans[6], rien de plus simple, mais que je le sentisse en 1800, que j'eusse une sorte d'horreur pour Voltaire et l'affectation gracieuse d'Alzire, avec mon mépris si voisin de la haine pour lui et à si bon droit, voilà ce qui m'étonne, moi, élève de M. Gagnon, qui s'estimait pour avoir été trois jours l'hôte de Voltaire à Ferney, moi élevé au pied du petit buste de ce grand homme, monté sur un pied d'ébène.
Est-ce moi ou le grand homme qui suis sur le pied d'ébène?
Enfin, j'admire ce que j'étais littérairement en février 18000. quand j'écrivais: cella[7].
M. le comte Daru, si immensément supérieur à moi et à tant d'autres comme homme de travail, comme avocat consultant, n'avait pas l'esprit qu'il fallait pour soupçonner la valeur de ce fou orgueilleux.
M. Mazoyer, le commis mon voisin, qui apparemment s'ennuyait moins de ma folie mélangée d'orgueil que de la stupidité des deux autres commis à 2.500 francs, fit quelque cas de moi, et j'y fus indifférent. Je regardais tout ce qui admirait cet adroit courtisan nommé Racine comme incapable de voir et de sentir le vrai beau qui, à mes yeux, était la naïveté d'Imogène s'écriant: