LEÇON XVI.

LA REMONTRANCE.

En ce tems-là; un jeune prince, oubliant les principes de son éducation, à peine monté sur le trône, vouloit envahir une petite province qui touchoit à ses frontieres, & dont les habitans, à l'abri sous les haillons de la pauvreté, avoient jusqu'alors vécu libres.

L'ancien gouverneur du nouveau monarque, instruit des mauvais desseins qu'on lui suggéroit, résolut de faire usage de l'ascendant que le tems n'avoit pas encore pu lui faire perdre sur l'esprit de son éleve. Il le pria de l'accompagner sur le sommet d'une haute montagne qui dominoit le palais impérial. Arrivés-là tous deux, le gouverneur dit à son éleve: remarquez-vous combien les objets d'ici perdent de leur volume. Vous avez les yeux moins fatigués que les miens; dites-moi si vous appercevez le petit canton contre lequel vous vous proposez de conduire une partie de votre armée.

Non, mon ami, dit le jeune prince. Je vous avoue que je ne puis le distinguer. Il est comme perdu dans la foule des objets qui s'offrent ici à nous de toutes parts.

O mon auguste éleve, reprit le gouverneur; la conquête d'un petit coin de terre, à peine sensible, peut-elle avoir assez de charmes, peut-elle devenir un objet assez important pour votre gloire? Cette conquête ajoutera-t-elle un fleuron de plus à votre couronne? Croyez-moi, laissez en paix vos voisins; souffrez qu'ils vivent libres, à l'ombre de votre trône; & ne convertissez pas pour eux votre sceptre en verge de fer. Ils perdroient tout, & vous n'y gagneriez presque rien.


LEÇON XVII.

LA CONSULTATION.