LES TROIS GAMBADES.

En ce tems-là: un sage, député de sa province auprès du souverain, pour en obtenir la cessation d'un impôt, fut admis à l'audience à son tour. Le souverain, bien jeune encore, répondit à la requête en ces termes:

Je vous accorderai tout ce que vous me demandez, si vous consentez à déroger, pour un moment, à la gravité de votre personnage, en vous résolvant à faire trois gambades en présence de toute ma cour.

Le notable répliqua:

Prince! je ne suis pas plus familiarisé avec les gambades d'un singe, qu'avec les courbettes d'un courtisan. Puisque l'impôt ne tenoit qu'à cela, les gens de votre suite m'acquitteront de reste. Mais choisissez de commander à des hommes, ou à des singes. Le même roi ne peut l'être des uns & des autres à la fois.


LEÇON XV.

LA LAMPE ET L'HUILE.

En ce tems-là: un jeune souverain, ami du faste, multiplioit tous les jours les impôts. Le sénat lui fit enfin des remontrances; il se contenta de répondre:

Pour éclairer, la lampe a besoin d'huile.—Sans doute, reprit courageusement le chef de la magistrature; mais il ne faut point d'huile par-dessus les bords de la lampe: il suffit que la mêche en soit imbibée; elle s'éteindroit, si elle en étoit inondée.