Au contraire, il lui a enlevé une province entiere, & n'a accordé la paix que faute de combattans.

Et c'est pour un tel prince qu'un peuple étranger au mort, couvre ses habits de pleureuses! En ce cas, que fait-il, quand il a perdu son propre roi, ou quelques grands hommes?

Le plus grand philosophe est mort à la même époque; mais, loin de lui accorder les honneurs d'un deuil public, on refusa à ses mânes ceux de la sépulture.


LEÇON XIII.

L'IMPÔT SUR LE SOMMEIL.

Il étoit une fois un roi (c'est ainsi qu'en ce tems-là on étoit convenu par décence d'appeller un tyran). Il étoit un roi qui proposa, en plein conseil, un prix à celui qui imagineroit quelque nouvel impôt. On en avoit déjà tant créé, que le cerveau le plus fécond des plus intrépides ministres de la finance étoit épuisé. Un des membres du conseil opina pour lever un impôt sur l'ombre que donnent les arbres aux pauvres gens de la campagne. Le roi, émerveillé d'une telle invention, se préparoit déjà à couronner l'inventeur, & même à lui donner la régie de ce nouveau droit, lorsqu'un autre conseiller se leva, & dit: mais, quand il ne fait plus de soleil, & sur-tout en hiver, il seroit aussi par trop injuste de faire payer l'ombre même dont on seroit privé; il faut de l'équité en tout. Je serois plutôt d'avis de lever une imposition sur le sommeil[1]; taxe d'autant plus importante, qu'on dort tous les jours, & qu'en outre, dans un cas urgent, sa majesté pourroit ordonner à ses sujets l'usage des narcotiques.

Sa majesté leva les mains au ciel, en admirant toute l'étendue, toutes les ressources du génie de l'homme, & fit son favori du conseiller qui avoit si heureusement opiné.


LEÇON XIV.