LE NOUVEAU ROI.

En ce tems-là; après son élection, un souverain fut assailli par la foule de ses amis qui venoient lui demander des graces & solliciter sa libéralité.

Mes amis, leur répondit le prince en les reconduisant, en montant sur le trône, je suis devenu plus pauvre que vous. Je ne m'appartiens même plus. Chacun de vous en particulier ne me demanderoit qu'une goutte de mon sang, je la lui refuserois. Je suis tout à tous, & rien à personne. Je me suis dépouillé entiérement; & même des vertus que je chérissois le plus, je n'ai gardé que la justice: c'est la seule qu'il me soit permis d'exercer.


LEÇON LXXIV.

LE BON SENS DU PERE DE FAMILLE.

En ce tems-là; un roi offrit un jour le gouvernement d'une province à un pere de famille. Celui-ci en remercia le prince qui fut très-étonné du refus, & qui voulut en savoir la raison.

Je n'ai pas plus de tems, ni de capacité qu'il ne m'en faut pour gouverner ma petite famille; comment pourrois-je régir une province entiere?

Mais moi, répliqua le prince, je suis pere de famille aussi; & cependant on m'a confié le soin de toute une nation.

Prince, reprit avec franchise le pere de famille, je ne sais comment vous pouvez suffire à tout cela. Je vous admire; mais jamais je ne prendrai sur moi de vous imiter?