LEÇON LXXV.
LES HABITS.
En ce tems-là; on m'amena un jour un marchand d'habits: choisis, me dit-on, le costume qui sera le plus de ton goût; veux-tu de cette lévite de lin?—Non! on me prendrait pour un hypocrite.—Veux-tu de cet uniforme militaire?—Non! puisque tous les hommes sont mes freres.—Prends donc cette toge?—Non! les enfans des plaideurs me la déchireroient.—Et cet habit tout d'or?—Non! le peuple me confondroit avec ces sangsues privilégiées, qui s'enrichissent, en appauvrissant leurs compatriotes, & dont le superflu coûte le nécessaire des autres.—Tu ne refuseras pas sans doute ce manteau de pourpre? Commande.—Non! je sais trop ce qu'il en coûte pour obéir... Ce manteau de laine me conviendra bien mieux.—Quoi! tu voudrois être philosophe?—Pourquoi pas?
LEÇON LXXVII.
DAMALDER.
Princes! approvisonnez vos États, ou craignez le sort de Damalder. C'étoit un roi de Suede, au troisieme siecle de l'ere vulgaire, que ses sujets, victimes d'une longue famine, s'aviserent d'immoler à leurs dieux, pour en obtenir un terme à leurs maux. Ce sacrifice ne fit point venir des vivres plutôt, mais dut produire un grand bien dans la suite, en rendant les souverains plus prévoyans. Quand donc les peuples feront-ils, par esprit de justice, ce qu'ils se sont permis quelquefois de faire par esprit de superstition? Si les rois payoient leurs négligences de leur tête, si on les forçoit à se dévouer au salut de la nation qu'ils ont mis en danger, il ne seroit pas si facile de bien régner; mais du moins les hommes en seroient sans doute mieux gouvernés.