Quoiqu'il en soit, cet usage mériteroit peut-être d'être renouvellé, en lui ôtant ce qu'il a d'inhumain, & sur-tout d'obtenir des rois qu'ils daignent honorer de leur présence cette espece de pénodie politique.
LEÇON LXXX.
LE GRAULICH DE LA VILLE DE METZ.
Un roi est semblable au graulich (mot allemand, qui signifie bête monstrueuse).
Le graulich est une image d'osier, revêtu de carton peint, représentant une espece de dragon. De sa gueule sort un dard, à la pointe duquel chaque boulanger est obligé de fournir un petit pain. Un marguillier de village porte cette figure à la tête de la procession des rogations, & est tout fier de sa charge; le peuple danse autour, crie de joie.
Cet usage de la ville de Metz est fondé sur une tradition. Jadis, on n'en sait plus l'époque, il existoit sur le territoire de Metz une bête fauve, qui ravageoit tout. St. Clément, un des évêques de la capitale du pays Messin, eut la hardiesse & la confiance de jetter son étole sur le col de la bête qui resta aussitôt immobile, & se laissa massacrer.
Comme on voit, à la derniere circonstance près, le graulich donne une idée assez juste d'un roi. Le marguillier de village qui le porte, les boulangers qui le nourrissent, figurent le peuple des villes & de la campagne, sans le secours desquels un monarque ne pourroit se soutenir. La populace, qui danse autour du monstre, représente assez naïvement les sujets d'une monarchie, qui se réjouissent d'avoir à leur tête un psanteme affamé, qui dévore leur pain quotidien, mais qui en impose, & qui leur donne une sorte d'importance, du moins à leurs propres yeux.
Le clergé jadis a eu sur les rois qu'il museloit, le même pouvoir que le bon évêque de Metz sur le graulich.
Cette caricature provinciale est abolie depuis quelques années; mais la puissance politique, dont elle peut servir d'emblême, est encore dans toute sa force.