XXVI.

AGATHE À ZOÉ.

Mais voici bien une autre tempête. Le moment est venu pour moi d'entrer dans ce qu'ils appellent les ordres. J'ai déjà reçu ceux nommés mineurs; mais le bon Saint-Almont me croit digne d'être élevée au soudiaconat, pour arriver bientôt au sacerdoce. Je m'humilie beaucoup; je me déprise fort, exprès pour éviter de prendre ce sérieux engagement, lequel d'ailleurs me ferait sortir du séminaire, où je voudrais rester toujours, tant du moins qu'y sera Saint-Almont. Comment faire? qui me donnera un conseil? Zoé, d'où tu es, envoie-moi quelque sage inspiration; mais j'attends en vain, et je ne puis plus demander de délai, Saint-Almont devient pressant. Que résoudre?

XXVII.

AGATHE À ZOÉ.

Ô ma Zoé! plains-moi, ne m'ôtes pas ton estime. C'en est fait, cette lettre est sans doute la dernière que je t'écrirai. Si jamais elle arrive à son adresse, Agathe n'existera plus pour sa Zoé, ni pour tout autre: ni toi, ni même Saint-Almont, vous n'entendrez plus parler de moi. Adieu donc pour toujours....

Voici le fait.

Le séminaire où je suis (où j'étais du moins alors) possède une maison de campagne à une petite lieue de Paris. C'est une délicieuse solitude; et les séminaristes, dans la belle saison, y vont en récréation au moins une fois par semaine, sous l'œil du supérieur.

Nous y allâmes vers la fin du mois de mai, entre Pâques et la Pentecôte. À peine délassés de la marche, Saint-Almont me prit à part dans un bosquet fleuri et fort touffu. Mes compagnons d'étude nous y voyant entrer, allèrent plus loin se livrer à leurs innocens ébats. Il me fit asseoir près de lui, et me prit la main en me disant:

SAINT-ALMONT.