La besace était lourde, en effet ; mais à peine Siméon l’eut-il prise qu’il sentit que tout son corps, et ses jambes, et son cœur, étaient devenus plus légers. Lui qui tout à l’heure tremblait, écrasé sous le poids de sa frayeur, il avait maintenant tout oublié de lui-même ; il ne pensait plus qu’à savoir d’où venaient à l’étranger les blessures de ses pieds et cette plaie au côté. Il en oublia jusqu’à sa mauvaise humeur contre Cléophas.

— Frère, lui dit-il tout bas, marchons moins vite, et donne ton bras à ce malheureux ! Vois-tu comme il est faible, et comme il a peine à mettre un pied devant l’autre ?

Et Cléophas sentit, lui aussi, un grand souffle rafraîchissant qui pénétrait en lui. La vue de cette misère dissipait ses méfiances.

— Appuie-toi sur moi, homme, et marchons moins vite ! dit-il.

Mais lorsqu’ensuite l’étranger s’informa du but de leur voyage, le souvenir de leur détresse leur revint à l’esprit. Encore n’éprouvaient-ils désormais qu’un besoin de se plaindre, de montrer à cet inconnu qu’ils avaient droit, eux-mêmes, à sa compassion.


— Amis, dit alors l’inconnu, de quoi vous entreteniez-vous, tout à l’heure, quand je vous ai rencontrés ? Et pourquoi êtes-vous tristes ?

Le malheur de Cléophas était si grand que chacun, lui semblait-il, devait en savoir le motif.

— Es-tu donc si étranger à Jérusalem que toi seul tu ignores les choses qui s’y sont passées ? répondit-il d’un accent un peu dur.

— Et quelles choses ?