— Ami, dit-il à l’étranger, voici ta besace ! Nous allons, Cléophas et moi, nous arrêter ici jusqu’à demain. Mais toi, est-ce que tu comptes marcher toute la nuit, avec tes pieds malades, sous ce vent glacé qui souffle du fleuve ? Entre du moins te chauffer et prendre haleine un moment !

— Oui, entre avec nous, dit Cléophas, nous poursuivrons notre entretien ! C’est une telle consolation pour moi, dans ma détresse, de pouvoir causer avec un homme qui m’entende ! Entre sans crainte, personne ne te dira rien, et, si tu ne veux pas manger, tu n’auras rien à payer !

Mais l’étranger paraissait résolu à continuer son chemin.

— Ami, lui dit alors Siméon se penchant à son oreille, nous t’offririons bien de manger avec nous, mais il nous reste à peine trois drachmes, et la route est longue jusqu’à Capernaüm. N’aie pas mauvaise idée de nous, malgré cela, et viens te distraire un moment encore avec nous ! Vois quel bon feu nous attend, là-bas, dans la grande salle ! Et puis nous saurons bien nous arranger pour te trouver un gîte, sans qu’il en coûte rien à toi ni à personne !

Sur ces mots, l’étranger se décida à entrer. Cléophas et Siméon eurent tous deux l’impression comme de dangers où ils auraient échappé. Ils le prirent chacun par un bras et le conduisirent dans la grande salle ; justement une table y était servie, propre et gaie, sous la lampe. Et ils se demandèrent comment ils avaient pu, au premier abord, si mal juger leur nouvel ami. Tout entiers maintenant à l’espoir d’une bonne soirée de repos, ils le considéraient de leurs yeux riants : c’était un jeune homme, un beau jeune homme frêle et timide, avec un regard innocent. Ils reconnaissaient en lui, exactement, le compagnon qu’il leur fallait pour une libre causerie avant la couchée, le dos au feu et le ventre à table.

Un jeune domestique vint s’informer de ce qu’ils voulaient. Ils commandèrent un plat de poisson, et se firent apporter, en attendant, du pain et de l’eau. L’étranger, assis un peu à l’écart, les regardait manger.

Bientôt l’entretien reprit, coupé seulement de temps à autre par le bruit des verres qu’on reposait sur la table. Siméon, « pour mieux entendre », disait-il, avait entr’ouvert son manteau. Cléophas récitait des textes sacrés, de sa belle voix grave qui s’enflait vers la fin des phrases. Mais l’étranger n’en était plus aux textes sacrés. Il rappelait à ses amis les discours de Jésus, ces singulières paraboles, simples et subtiles, dont le sens restait caché aux sages et se dévoilait aux enfants.

Il en savait deux que, sans doute, ils ignoraient. Il s’offrit à les leur dire. Et sa voix était devenue d’une douceur si touchante que Cléophas lui-même avait cessé de parler. Siméon et lui vinrent s’asseoir près du feu ; et l’étranger leur répéta les deux paraboles, pendant que le domestique s’occupait à essuyer les miettes de la table et à servir le poisson.


Il leur dit d’abord :