«19 janvier 1788. Payé à M. Joly, garde du Cabinet des Estampes, la somme de 3,000 livres pour le prix des dessins des tableaux de Carle Vanloo, étant dans le chœur des Augustins de la place des Victoires et dont l’acquisition a été ordonnée pour être placés à la Bibliothèque.

«31 mai 1788. Payé à M. l’abbé de Courçay, garde-adjoint du Cabinet des Médailles, la somme de 10,851 livres pour le prix des médailles acquises par ledit Cabinet à la vente de feu M. Dennery conformément aux lettres de M. le baron de Breteuil des 30 novembre 1786, 3 mai et 4 juin 1788.

«4 mars 1789. Payé au sieur Patin, au nom et comme fondé de procuration de M. le cardinal de Loménie, la somme de 3,102 livres faisant partie de celle de 8,502 livres portée en une ordonnance expédiée le 21 juillet 1788, pour le paiement de différents ouvrages acquis par la Bibliothèque du roi tant de mon dit sieur cardinal de Loménie que des sieurs de Rulhières et abbé Lourdet.

«30 juin 1789. Payé au sieur Fournier, huissier, la somme de 3,300 livres pour le prix de la collection de l’histoire de France en 52 volumes acquis à la vente de feu M. le Maréchal de Richelieu sous le no 1606 du catalogue pour le cabinet des Estampes de la Bibliothèque du roi.

«7 juillet 1789. Payé au sieur de La Lande 1,131 livres pour le prix de volumes provenant de la même vente et destinés au même département.»

Les dernières années du règne de Louis XVI furent donc bien remplies. Jusqu’à sa fin, l’ancien régime se montra fidèle à ses traditions, en cherchant avec une constante sollicitude à enrichir la Bibliothèque, qui lui doit son origine et les principaux éléments de sa grandeur.

Avant de commencer l’histoire de la période révolutionnaire, il ne serait peut-être pas inutile de donner quelques détails sur les ressources de la Bibliothèque, sur son organisation, sur l’état de son personnel en 1789. Ce résumé permettra de juger, en plus exacte connaissance de cause, les changements qui ont suivi.

Sous Louis XV, le budget de la Bibliothèque était annuellement de 68,000 livres, dont 46,469 livres pour le personnel, et 21,531 livres pour les acquisitions et le matériel. Dans ce dernier chiffre étaient compris pour une somme de 5,202 livres, les reliures proprement dites et l’achat des maroquins. Ces fonds permettaient à peine de faire les dépenses courantes et quand il se présentait des collections précieuses de livres, de manuscrits, de médailles ou d’estampes, les ministres accordaient des crédits spéciaux. C’est ainsi qu’en 1765, pour ne citer qu’une année, les dépenses montèrent à la somme de 129,047 livres.

En 1778, le fonds ordinaire de 68,000 livres devenant insuffisant, le gouvernement ouvrit un crédit supplémentaire qui varia suivant les circonstances et qui porta le budget annuel à 83,000 livres en moyenne. Dans les dernières années du règne de Louis XVI, par suite des acquisitions extraordinaires de l’époque, le chiffre des dépenses fut bien supérieur, il monta jusqu’à 169,220 livres 10 sols dont 63,000 livres pour les acquisitions.

Cette somme considérable, qui équivaut à peu près à notre budget actuel, était justifiée par la nature et l’importance des services rendus par la Bibliothèque, par la réputation que dès cette époque elle avait d’être la première de l’Europe. Sans être encore absolument publique, elle était régulièrement ouverte à tout le monde deux fois par semaine de 9 h. à 2 h. et quelquefois plus tard. En outre, tous les jours, les gens de lettres et même ceux qui sans être hommes de lettres avaient des recherches sérieuses à faire y avaient facilement accès. On lit dans une note manuscrite du temps: «Dans les jours préférés par les savants et les gens de lettres on leur donne plusieurs volumes à la fois, on les entoure, pour ainsi dire, de la bibliothèque qu’ils désirent et celle du roi devient la leur.» Le nombre des communications, qui ne devait pas dépasser un volume les jours publics, était donc illimité, pour ainsi dire, les jours réservés.