L’exemple donné par les gardes était suivi par leurs subordonnés, commis, écrivains et garçons qui formaient le personnel du département. Les écrivains n’étaient pas des scribes ou des copistes; antérieurement on les appelait Scriptores regiæ bibliothecæ. C’étaient véritablement des gens de lettres, des professeurs royaux, des savants distingués: l’abbé Barthélemy, pour ne citer qu’un nom[34], avait été simple écrivain. De même les garçons devaient, en général, avoir reçu «une éducation honnête» et savoir le latin. Enfin, à côté de ce cadre normal et régulier, il y avait, aux départements des imprimés et des manuscrits, un personnel d’attachés désignés sous le nom d’Interprètes, dont les connaissances spéciales, en langues mortes ou vivantes, étaient utilisées, soit pour la rédaction des catalogues, soit pour l’acquisition des livres étrangers.
En 1789, le personnel de la Bibliothèque comprenait 54 agents de tous grades, dont voici l’état avec le montant des appointements de chacun:
| Lenoir, bibliothécaire en chef | 12 500 livres[35] |
| L’abbé Martin, secrétaire | 2 000 id. |
| L’abbé Duprat, aumônier, | sans appointements. |
| L’abbé O. Sullivan, chapelain[36] | 600 livres. |
| de Villeneuve, trésorier | 1 100 id. |
| IMPRIMÉS. | |
| L’abbé des Aulnays, garde[37] | 5 000 id. |
| Malin, 1er commis | 2 400 id. |
| L’abbé Capperonnier, 2e commis[38] | 1 800 id. |
| Van Praet[39], 1er écrivain | 2 000 id. |
| Carra, 2e écrivain | 1 500 id. |
| Gauthier, 3e écrivain | 1 200 id. |
| Cœuilhe, 4e écrivain | 1 000 id. |
| Tournay, surnuméraire | |
| Cazenave, garçon | 800 id. |
| Chevret, aîné, garçon | 800 id. |
| Le Prince, cadet, garçon | 800 id. |
| Chevret, cadet, garçon | 800 id. |
| MANUSCRITS. | |
| Caussin de Perceval[40], garde | 5 000 id. |
| Parquoy, 1er commis | 1 500 id. |
| Le Prince, aîné, 2e com. (Inspr de la librairie) | 1 600 id. |
| Duby, 3e commis | 800 id. |
| GÉNÉALOGIE. | |
| L’abbé Coupé, garde | 4 000 id. |
| Aubron, 1er commis | 3 000 id. |
| Gourier, commis | 1 000 id. |
| Levrier de Champrion, commis | 1 000 id. |
| De Villiers, commis | 1 000 id. |
| ESTAMPES. | |
| Joly, garde | 3 000 id. |
| Joly, fils, adjoint | 1 200 id. |
| INTERPRÈTES. | |
| Le Roux des Hautes Rayes, (p. les lang. occ.) | 1 200 id. |
| De Guignes, id. | 1 000 id. |
| Anquetil, id. | 900 id. |
| Ruffin, id. | 800 id. |
| De Keralio, (pour la langue allem.) | 1 000 id. |
| Behenam, (pour la langue grecque) | 1 200 id. |
| Dom Chavich, (pour la langue arabe.) | 2 400 id. |
| Venture, (pour les langues orientales) | 800 id. |
| MÉDAILLES. | |
| L’abbé Barthélemy, garde | 5 000 id. |
| Barthélemy de Courçay, garde-adjoint | 2 000 id. |
| Barbié, 1er commis | 1 200 id. |
| Cointreau, 2e id. | 800 id. |
| Plus 14 suisses ou frotteurs. | |
LA BIBLIOTHÈQUE PENDANT LA RÉVOLUTION.
La Révolution ouvre pour la Bibliothèque une nouvelle ère de prospérité. Tandis qu’il s’attache à détruire la plupart des institutions royales, le nouveau régime sauve notre grand établissement national, le transforme et en décuple les richesses. Les mesures révolutionnaires tournent à son profit et en font le plus vaste dépôt littéraire et scientifique du monde.
Malheureusement la précipitation avec laquelle les versements de livres, de manuscrits, d’objets d’art se firent dans nos collections, produisit un désordre et un encombrement que nos prédécesseurs furent impuissants à empêcher, et qui ont laissé à notre génération un arriéré considérable. Le nom d’un homme est resté attaché à cette période si difficile et si laborieuse de l’histoire de notre dépôt, qu’il personnifie pour ainsi dire: c’est Van Praet, dont la science bibliographique, l’activité furent à la hauteur de la tâche immense que les événements lui imposèrent.
La suppression des maisons religieuses dont les biens furent déclarés propriété nationale, et la confiscation des biens des émigrés firent tomber dans le domaine public une masse considérable de livres imprimés et manuscrits. Pour les recevoir, on ouvrit, en divers points de Paris, des magasins qu’on appela les dépôts littéraires. Une commission composée de membres pris parmi les représentants et qui se nomma d’abord la Commission des monuments, puis sous la Convention, la Commission des arts, et enfin le Conseil de conservation des objets de science et d’art eut la haute direction de ces dépôts à la tête desquels dût être placé un conservateur chargé de classer et de cataloguer les livres acquis à la nation. C’est dans ces dépôts littéraires que de 1792 à 1798 la Bibliothèque fut appelée à choisir les volumes tant imprimés que manuscrits qui manquaient à ses collections.
Pour les volumes imprimés, on distingua ceux qui provenaient des bibliothèques d’émigrés et ceux qui étaient tirés des établissements religieux. Les livres de la première catégorie furent versés dans les dépôts de la rue de Lille, de la rue de Thorigny, de la rue Saint-Marc, des Cordeliers et de la rue de l’Arsenal.
Le dépôt littéraire de la rue de Lille, ayant à sa tête Seryès, fut formé des bibliothèques des émigrés Dangevilliers, de Castries, de Cicé, de Caraman, Doudeauville, Rochechouart, Talleyrand-Périgord.