Cependant, j’ai les yeux ouverts, et, lorsque ces images s’évanouissent — comme la figure reflétée par une glace sans tain se fond dans les choses placées derrière, celles-ci venant à s’éclairer, — je vois en face de moi, sur le divan de l’autre côté du feu, Chaylas qui m’analyse avec curiosité.
Nous étions jeunes, alors — il y a deux ans ! — La vieillesse hâtive du poison ne nous avait pas encore injecté dans les veines un tel mépris de la vie. — Mais moi, moi ! je n’en suis pas si détaché, voyons !
— Évidemment.
Il a répondu — haut — à mon interrogation psychique. C’est clair. Il sait. Il pénètre ma pensée comme je pénètre la sienne ! Nos pensées, absolument synchrones, ne font qu’une, en deux cerveaux.
Absolument synchrones ?
Je vois au caractère de son sourire, où je lis nos idées, que la coïncidence n’est pas complète. Il y a, çà et là, un décalement dans la transmission.
Mais il faut savoir si c’est bien vrai, si ce prodige de télépathie, par un mystérieux effet de la Drogue, relie effectivement nos cellules cérébrales, si nos dynamismes psychiques sont bien entrés en communication, si la pensée circule entre nous comme entre des vases communiquants.
Est-ce vrai ? Et je prononce :
— Oh ! ce serait admirable !
— Admirable, oui, n’est-ce pas ? Toi aussi ? réplique Chaylas, dont le regard ne me quitte pas.