Mère des voluptés pacifiques et lumineuses ; — autre Grèce, anadyomène lascive et hâlée de soleils africains, étalant sur ses plages la sieste anonchalie de ses cités opimes, — sœur luxuriante de la spirituelle Hellade, — domaine sacrée des divinités animales, où leurs jeux, longtemps après la mort du grand Pan, exhubéraient encore, dans la liberté de la forêt dionysiaque… je rêvai.

Pour m’inciter à des visions plus précises, à des synthèses moins panoramiques, je m’assis au bord de la terrasse rocheuse, tirai de ma poche un Théocrite, et me mis à psalmodier, en grec, la Ve idylle.

La sonorité des syllabes doriennes, le sortilège familier de ces vers, évoquaient, aux perspectives de mon cerveau, l’enthousiaste venue des intuitions historiques, — lorsqu’un bruit, de branches froissées, me troubla.

— Les brigands ? sursautai-je.

Mais, à cette grotesque supposition, — espingoles et chapeaux pointus, — je haussai les épaules : « Bah ! quelque bête. »

Et je repris ma lecture, plus attentif, rythmant les vers, qui s’enluminaient d’imageries évanescentes.

Indubitable, cette fois, un bruit — de pas menus, secs et précautionneux.

Je me retournai.

Un Satyre !

Plus forte que l’étonnement, une démesurée curiosité me tint coi : j’envisageai le fabuleux capripède qui me contemplait, l’air défiant et stupide, appuyé sur un bâton.